20/11/2007

Haruki Murakami

Puis
Je fis une lecture étrange.

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Sous le couvercle du monde marchaient encore seize enfants qui s’en allaient rejoindre Owanyama, la colline du bol-de-riz aux pentes escarpées mais cependant assez accessible : ils allaient comme souvent, se dispersant, cueillir les champignons éphémères et les légumes sauvages.
C’était un peu après que le reflet d’une lumière se soit révélée au-dessus de leur marche sur quelque carlingue métallique que l'institutrice avait pris pour un B29 habituel.
Si je vous donne le code d’accès au dossier (maintenant disponible au Bureau des archives nationales américaines de Washington) vous pourrez vérifier par vous-même :
« -Il devait être un peu plus de dix heures du matin. Très haut dans le ciel, on a vu un point argenté, à l’éclat vif. Ce point brillant se déplaçait lentement dans le ciel, d’est en ouest.
(…) Le ciel était bleu, sans un nuage, la luminosité éblouissante. »
Un enfant mit cependant plus de temps que les autres à en émerger. Soixante ans plus tard une part de son ombre manquait encore tandis qu’il arpentait sous les baillements bienveillants des siamois les hautes herbes des terrains vagues de Tokyo à la recherche d’une écaille-de-tortue fugueuse.
Il y eut aussi une siamoise gris perle : « - Appelez-moi Mimi, comme dans La Bohème de Puccini… »

Sous le couvercle du même monde des enfants faisaient l’école buissonnière pour se réfugier dans les bibliothèques qui ouvraient leur porte à 11h. Ils perdaient connaissance avant de pouvoir douloureusement s’extirper, de l’épaisseur aussi tranchante que le barbelé, des buissons dans lesquels ils se réveillaient. Ceux-là retrouvaient à peine leur reflet dans les miroirs. Il y avait comme des cœurs de petits animaux torturés. Il y avait des filets de mémoire qu’on remontait mal. Des yeux qu’on fermait pour laisser couler le temps. Une Virginia Slim qu’on voyait s’allumer. Des impressions de déjà vu, de déjà joué. Des cloisons minces. Des nouilles instantanées. Des soleils couchant dans un ciel sans étoile. Et sur les mains, un sang qui n’était pas le nôtre.
Tenter de vous dire tout ça, c’est encore comme se crier des choses d’une rive à l’autre, des choses que le vent ne vient pas déposer là où il faut. A moins que ce soit mes mots à moi qui soient inappropriés.

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KAFKA SUR LE RIVAGE
Haruki Murakami
Belfond, 2006

Extrait (p. 61) :
" - Bonjour, dit le vieil homme.
Le chat leva la tête et lui rendit son salut à voix basse, d'un ton las. C'était un bon vieux gros matou noir.
- Belle journée, non?
-Hmm, dit le chat.
- Pas un nuage!
- Pour l'instant...
- Le beau temps ne va pas durer?
- Ça va se gâter dans la soirée, à mon avis, répondit le chat noir en étirant lentement une patte et en plissant les yeux en direction du vieil homme.
Il regardait le chat en souriant.
Ce dernier hésita un instant, sans raison apparente, puis se résigna à prendre la parole.
- Hum, alors comme ça... vous savez parler, vous?
- Oui, dit le vieil homme, un peu honteux.
Puis, pour montrer son respect, il ôta son bonnet de montagne en coton tout élimé.
- Je ne parle pas à tous les chats que je croise, reprit-il, seulement quand les circonstances s'y prêtent, comme maintenant.
- Hum, fit l'animal, résumant ainsi succinctement ses impressions.
- Ça ne vous dérange pas si je m'assieds un moment? Nakata est un peu fatigué de marcher.
Le matou noir se redressa lentement, ses longues moustaches frémissantes, et bâilla à s'en décrocher la mâchoire.
- Ça ne me dérange pas. Ou plutôt, ça ne me regarde pas. Vous pouvez bien vous assoir où ça vous chante. Personne ne vous dira rien."
(...)
- Richard Galliano, Tangaria Quartet - Chat Pître

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12/08/2007

Laissez parler les ptits papiers...

Balibar♫♪♫Les P'tits papiers


"Mon premier jet est écrit au crayon à papier. Je le compose en laissant des blancs dans le texte, pour marquer le rythme, les mots viendront après, c'est comme une partition. Cette écriture se fait très vite, généralement le matin entre 6 et 9 heures. Il ne faut pas trop revenir dessus. Il faut suer sang et eau mais très vite. C'est une excitation, c'est un speed."
> Pierre Michon

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Ombre et lumière

"Les Croquants" : St Jean
ICI

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(Bergman)

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30/07/2007

Théo Angelopoulos : Le Regard d'Ulysse

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Un matin de l’hiver 1954, la ouate bleutée de quatre voiles se fonde sur la plus primitive et la plus pure de nos frontières (celle qu’il y aurait entre les bleus du ciel et ceux de la mer Egée).
Yannakis Manakis rend son dernier souffle, caméra au poing.
Le vieux cinéaste avait décidé de filmer la sortie d’un navire du port de Salonique.
Une fin de vie aussi douce que le glissement tranquille du voilier qui s’engage alors sous l’angle d’une autre caméra, d'un autre regard...
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Manakis tombe lentement en arrière sur le siège qui le retient et c’est de manière onirique, sur le même rivage, (recevant le témoignage d’un premier passeur) qu’A -cinéaste grec exilé aux Etats-Unis depuis 35 ans, prend le relais tragique d’un itinéraire patrimonial dans une chronologie inversée, sans jamais quitter cependant l'achèvement de notre siècle ourlé de ces nouvelles guerres.
1994.
Ce serait donc la traversée du 20ème siècle, à rebours.
Ce serait l’errance de l’homme qui prend prétexte au voyage pour se rendre en final à la recherche de lui-même tandis qu’à Sarajevo, déjà, la cinémathèque est entamée par les flammes.
Aux sources des premiers mondes imprimés (premières images des Balkans), mènent des frontières qui séparent des paysages, des villes qui ont vus passer puis repasser réfugiés et occupants. Autant d'obstacles à la quête.
Il y a aussi des frontières entre les hommes d’un même village : elles coupent les maisons en deux, elles mettent un matin le jardin de notre voisin de toujours en friche, elles nous amènent avec le brouillard au bord de la même rivière que les tireurs -quand le sniper ne voit pas à cent mètres et descend de sa tour.
- Mais de frontière d’une guerre à l’autre, d’un espace à un autre, d’une femme à une autre, d’une existence, d’une identité à une autre, d’un demi siècle à l'autre, point.
Depuis un village grec, albanais, roumain ou bulgare, on entend juste une fois ce questionnement (mais il semble que ce soit d’un bout à l'autre du siècle) :
« Mais combien de frontières faudra-t-il passer pour arriver chez nous ? ».

Ainsi des champs enneigés et des routes traversées à contre sens, chargés des réfugiés descendus des collines au second plan. Le givre sur la vitre n'altère pas la vision des ombres chassées par la guerre ethnique.
L’"acteur" silence apporte son intensité, puis l’alto en solo (♪ Ulysses' theme -/Litany/Woman's theme/The River/Ulysses' gaze) déchire dans ses aigus la tragédie des familles en marche.
La bande son revêt l'écran d’une explosion d’émotions. L’image, mais aussi l'absence d'autres images (brouillard, pellicule perdue, la surexposition surprenante d'une photographie sur laquelle le protagoniste pensait avoir fixé l'éboulement d'un autre siècle -image négative du monde). Ulysses' theme de Eleni Karaindrou accompagne et questionne.
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1905.
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Les frères Manakis ont rapporté d’Angleterre la Bioscope 300 avec laquelle ils sillonnèrent aussi les Balkans. - Soixante années de documentations : les villageois, leurs travaux, les fileuses, tisseuses. Yannakis a parlé des négatifs : trois bobines qu’ils n’ont pas eu le temps de développer. Premiers négatifs de l'image monde.
- A ne fait que passer dans son si petit village natal où la projection de son précédent film coupe pourtant l’univers en deux : la droite orthodoxe et intégriste fait sonner les cloches en ses églises et rassemble en processions et psaumes. Cinéma incendié. Résistance. La projection se fait sur la place du marché. Il pleut. La foule est sans ambiguïté : les flammes des bougies contre les parapluies des cinéphiles.
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Avant que la Garde mobile ne se place au centre, la caméra s’est détournée d’une procession pour tomber sur une autre, risquant l’enfermement. Puis un mouvement indicible a balayé l’angoisse en la rejetant peut-être à d’autres décennies.
La première lettre de l’alphabet poursuit le voyage.
-Tu veux savoir mon nom le plus connu, Cyclope ? Je m'en vais te le dire ; mais tu me donneras le présent annoncé. C'est Personne, mon nom : oui ! mon père et ma mère et tous mes compagnons m'ont surnommé Personne. [...]


A, cinéaste, poursuit le voyage.
Ses souvenirs affleurent.
- "Il y avait une maison là autrefois... (-quand ?)."
La maison, sur sa nuit, se détache.
Albanie. Premiers camions bâchés. La neige dit non.

26753e63bdca97c94fb5cc90df260c45.jpgLes femmes aussi, sont les passeurs.

La guide de Scopje le suit à Bucarest où la police militaire avait confisqué le matériel des ethnologues.
Un autre train de Bucarest pour un début d’enfance à Constanza.
Comdamnation, peine commuée en exil par Ferdinand de Bulgarie. Les guerres se confondent. 1945 et retour des camps. 1948. Juifs et Arméniens descendent en Grèce.
6c127e100cdc9bfd814c1488748283d1.jpgJe reviendrai avec les habits d’un autre et sous un autre nom. Je vous donnerai des signes qu’il s’agit bien de moi et vous les reconnaîtrez”.

Le prétexte est la quête. Une obsession au coeur de l'image, au coeur du voyage : trois bobines échappées à l’histoire.
Rendre la trace de leur monde aux hommes croisés sur les chemins, aux enfants courant le long des rives.
Rendre sa mémoire à la grand-mère échappée de son Albanie natale quand elle y revient, une valise à la main, perdue sur la place de Coriza qu'elle ne reconnait plus :
si la caméra s'en éloigne, c'est pour mieux nous charger du poids de son désarroi. N'y a-t-il jamais de retrouvailles?
Rendre aux peuples, peut-être, aux chasseurs, aux persécutés, leur langue unique et l'éclat de leur mosaïque. Rendre aux Balkans l'unique Tour de Babel.

Les cinémathèques, depuis celle d'Athènes, seront autant de relais qui créent et maintiennent le lien.
Les boîtes n'ont jamais été confisquées avec le reste du matériel par la police roumaine. Elle sont passées à Belgrade où un nouveau passeur du patrimoine les a confiées, il y a bien longtemps, à Ivo Levi de Sarajevo.
C'est dans la cave d'Ivo, collectionneur des regards perdus et éteints, que réside, peut-être, la mémoire du monde.
Le Docteur Mabuse. Naissance d'une nation. Valstaf. Metropolis. 53c9d7c4d3f8b50da3d4c262a56af997.jpg

Et si la mosaïque faite monde, si la preuve de l'existence du monde, ne dépendait que de cette formule chimique que les guerres successives, déportations, départs, exils, séparations, n'ont jamais donner le temps d'élaborer pour donner à voir? Ivo Levi, artisan, échappé d'autres effrois -forcément, penche sous le poids des géricans portés depuis le seul filet d'eau potable de la ville depuis les passages à travers les égoûts (toujours, échapper, aux snipers).

- Ulysse reprenait son voyage par les fleuves et ses affluents, longeant les immeubles détruits.
Si les vieux et les enfants se signent et s’agenouillent parfois sur le bord de chaque rive c’est qu’ils voient passer sur la même légère embarcation l’effigie géante et déboulonnée du vieux monde communiste.
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Le voyage n'a sans doute pas commencé à Florina, le village natal. Peut-être a-t-il démarré bien avant, depuis la ville roumaine où la police du peuple en 1948 est venu saisir les meubles de des ascendants. b694a236eda2ee91827661943106e996.jpg



- La mer, mouvementée, morte, avale hommes, femmes et enfants comme autant de témoins.
Si Ulysse doit nager, se battre, mentir, ruser, survivre, c'est pour son projet initial : revenir, retourner chez lui.
Tandis que les trois parques filent une laine à l'écheveau d'un temps qui n'a pas encore été prouvé par l'image.
Approuvé par l'historien.
Pour le cinéaste, malgré le récitatif, la question du retour vers Ithaque se pose-t-elle alors qu'on dirait bien que celles et ceux qu'il a laissés derrière lui ont fait partie du voyage?

"Ulysse est le modèle du chercheur, l'Odyssée est l'archétype de la recherche".
Michel Serres


Homère :
Polyphème : "-et qui me tue ? Personne!" - Le Chœur : -Personne ?... contre toi, pas de force ,... tout seul ?... C'est alors quelque mal qui te vient du grand Zeus, et nous n'y pouvons rien : invoque Poséïdon, notre roi, notre père !"


"Les massacres entre Serbes, Croates et musulmans se succèdent pour purifier de "l'ennemi ethnique" des régions imbriquées les unes dans les autres".
Michel Fingerhut

"La rue principale de Monastir a vu passer toutes les armées d’Europe. Et chaque fois, elle a changé de nom."
Miltos Manakis

"Ma fin est mon commencement" / "In my end is my beginning"
T. S. Eliot : East Coker; Quatre Quatuors.

"La première chose qu’a créée Dieu, c’est le voyage".
Georges Séféris (Prix Nobel de Littérature) : Stratis Thalassinos entre les agapanthes

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(Bioscope -Charles Urban)

Warwick Bioscope, c1900. Designed in the USA for Urban by Walter Isaacs in 1897 and sold in Britain, this projector used a beater movement


Ridan >♪♪♫♫♪


- Entre 1906 et 1912, les frères Manakia (Manakis) développent, à la façon des frères Lumière, une abondante production, filmant des évènements historiques (pendaison des Macédoniens insurgés contre le pouvoir ottoman, 1907), mais aussi la vie quotidienne (les Fileuses, Un mariage valaque, 1906).


Le cinéaste, s'entretenant avec Michel Ciment (revue Positif -1995), confie sa préoccupation antérieure, celle qui va générer la trame de son scénario. Il pensait à une adaptation de l'Odyssée lorsque lui parvient une lettre de la fille du sculpteur italien Manzu :
Citation:
"(...)avant de mourir, mon père avait eu une idée fixe : sculpter le regard d'Ulysse, parce qu'il pensait que dans ce regard il y avait toute l'aventure humaine".


C'est de retour à Athènes qu'Angelopoulos entend parler de la manifestation organisée en hommage à l'oeuvre des frères Manakis par la communauté valaque dont ils étaient originaires.
Citation:
"Je connaissais bien sûr leur existence et leur statut de premiers cinéastes grecs, mais j'ai commencé à lire les études sur eux : j'ai alors découvert une supposition émise par l'une d'entre elles : il existerait trois bobines du début du siècle. Puis j'ai relié cette découverte à une autre qui m'était plus personnelle et qui a à voir avec le problème du regard.
Je me posais cette question : -est-ce que je continue à voir clair, question que doit se poser tout metteur en scène.
J'avais donc les trois éléments de départ : L'Odyssée, les frères Manakis, le regard
.

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13/07/2007

Vittorio de Sica

Ladri di biciclette

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05/07/2007

Mémoire : objets

Nos pensées vont dans le creux des matins tel un grand canevas tendu capturer toutes les choses colorées qu’on a choisi de retenir.

La mémoire : un filet à papillons.

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C’est une émotion singulière toujours qui colore l’objet de derrière la vitre.
S'il n'y avait été déposé, on le retrouverait peut-être sur le lit des brocantes à trois-sous-si-peu. Dans des odeurs communiant qui nous sont étrangères, étranges madeleines desséchées parmi d'autres madeleines sans ce goût diffus pour persévérer dans la moindre recherche. Parce que loin de tout scénario.
Objet bâtard ravi à ses frères et soeurs.
Teinture décolorée. Bois dont la dorure s'est tuée à la lumière des jours. Les manques de teints sur des miroirs dont l'artisan n'aurait rien restaurer ni rattraper, de toute façon, des visages et des mots qui s'y pressaient.
Ongle-galet échappé de leur nuit (ils s‘accoudaient, causaient, se couchaient après avoir monter l’escalier). Et quels autres ongles galets pour ceux d'avant qui se couchaient aussi, s'accoudaient, causaient, en d' autres lieux habités mais perdus. Lost.

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Le verre des vitrines est fait d'une unité à pourvoir aux puissances des miroirs.

Notre sélection parmi les choses, c’est comme une fenêtre qui s’ouvre sur l’absence des aubes.

Jasmin, vannille, gardenia.

C’est vrai, il ne s’agit pas de souvenirs, pas seulement.
Plutôt des sables écoulés de leurs regards.
Sables rompus de petits cailloux sur les fronts non refermés de ceux qui se penchaient.
Le travail du généalogiste me fascine, qui remonte ses rivières.
Ceux qui se sont penchés sur ceux qui se penchaient à leur tour vers ceux qui, penchés encore, couvaient et entretenaient peut-être, déjà, un autre silence...

De la poussière dans l’engravement de saisons antérieures.

Les poignées de notre enfance tiennent encore l’écheveau de ce tissus sans vouloir lâcher. Tout petit déjà on sait que nos chers ont connu eux-aussi d’autres gens et on veut savoir ce que c’était, avant. On voudrait que leurs vies soient navigables.

Papier flottant sur l’asphalte bleu des jours.
Verre de montre enchâssé sous sa cage.
Sur un étain pourtant mat, entre les épingles à cheveux-chapeaux, se fondent les reflets d’hier et d’aujourd’hui : arrivent au dépôt sacralisé les billets de manèges de nos enfants, nos billets de théâtre poinçonnés après qu’ils nous aient servi de marque-pages, reliure de cuir, signet rescapé de papyrus, papier de riz Xuan Zhi.

1834 : William Henry Fox Talbot sensibilise du papier à l'aide de sels d'argent et obtient des empreintes.

1835 : invention de la calotypie.

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Les grand-mères donnent des songes doux, des regards de duvet aux tout-petits que les parents traînent ces dimanche à l’ombre ennuyeuse de leurs petites tables rondes.
Les vieux, on dirait qu’ils ont toujours le temps. L'enfant s'initie à sa curiosité quand on lui chuchotte :
« Chut ! Il ne faut pas faire de bruit ». Ce sont nos premiers moments historiques où l’on apprend à se rendre silencieux et sages.

1839 : divulgation du procédé du Daguerréotype à l'Académie des Sciences

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ICI

"-Qu'avions-nous appris après tous ces voyages? Il était sourd, elle avait de jolies jambes, elle était sympathique, il était intelligent, une fille était distante, ou peut-être "facile", une fille aimait les garçons ou peut-être aimait se faire désirer. Elle était un papillon! Il avait deux camions, il avait apporté les premières fraises, elle tenait sa maison de façon impécable, c'était un gros bonnet, ils jouaient aux cartes, les dames faisaient du crochet, elle était prétentieuse, hoch Nase! Elles allaient au cinéma, elles jouaient au volley-ball, il a eu la première radio..."
Daniel Mendelsohn

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24/06/2007

Jonathan Safran Foer

EXTREMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES
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Parfois, dans le laps de temps que nous dure la lecture d’un roman (une heure, un jour, un mois), des filets sont tendus sous l’oscillation de nos allées-venues.
Des filets qui rattrapent à la fuite du temps le café renversé, le courrier qui s’est accumulé, l’actualité que l’on n’a pas suivie, le film qu’on n’a pas regardé, tous ces moments qu’on a sautés. Et remettent à plus tard ce qui aurait dû avoir lieu si le livre n'était pas arrivé.
- Je ne parle pas de ces filets de polypropylène à la formule chimique commune (CH2-CH-CH3), mais d'un drapé au maillage transparent que les vers à soie de Monsieur Joncour, rapportés du Japon en 1860, auraient bien pu tisser.
Nos paupières battent, nos cillements s'impriment au creux d'incandescentes étoiles, pour un peu on s'entendrait respirer.
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Ne défilent dans l'immédiateté, rebondissant comme sur un trampoline de plumes chaque fois qu’on fait une pose -entre le moment où l’on abandonne la lecture et celui où on la reprend, que des personnages qui ne font pas partie de notre quotidien.
Qui n'en faisaient pas partie hier. Qui n'en feront plus partie demain (mais qui sait?).
Des personnages qui ne sont qu’une page d’histoire, une page de la petite histoire, quatre cent trente pages chez l’éditeur, L'Olivier.
Des gens, des gens avec leurs bracelets faits de tits et de tâ, des gens avec leur emballage de mini-Krackle, des gens avec leurs souvenirs de ville bombardée; des gens qui transportent contre eux malgré leur âge avancé et leur fragilité, une grosse pierre au sortir de la 93ème avenue; des gens qui se font des bleus et qui se les cachent, des gens qui écrivent des pages blanches, des gens qui ouvrent les enveloppes vides, des arrières-grands pères qui construisaient des murs et des abris de jardin avec les livres mais ça c'était dans un autre pays.
Le pays où, petite fille, la grand-mère d'Oskar regardait par sa fenêtre.

Ces gens, d’un seul coup chez nous, ils prennent de la place.



( Jonathan Safran Foer?
- Une écriture à délivrer ses personnages pour qu'ils nous causent encore plus fort.
- Une musique à délivrer d'entre les pages un vent qui tourne-veer, un vent qui revient-back dans tous les sens des aiguilles de la montre comme s'il n'y en avait pas assez des deux que l'on connait malgré le décalage horaire.
- Un trait, un souffle, une ombre de fusain enchaînant doucement les dessins sur des ombres de nuit qui ne sont pas les nôtres. )

Des absents qui reviennent, des absent qui ne reviendront plus et qui sont tellement absents que tout se noue et se dénoue dans cette absence autour d’eux et à cause d’eux.
Des gens : ceux qui sont déjà vieux, ceux qui sont tout petits et qui se demandent déjà ce qu’ils vont devenir sous l’embrasement des gratte-ciel.
dfe342b1525fd53d064106159dfe095c.jpeg (Kathryn Rathke)
Oskar aussi a pris l’habitude de voyager à travers Google (voir notre Sol de Lignes de faille).
Il y apprend qu’une nouvelle serrure naît à New York toutes les 2777 secondes, il imprime des photos pour les mettre dans son album des Trucs qui me sont arrivés (une fille attaquée par un requin, un soldat à qui on coupe la tête en Irak, le mur vide sur lequel était accroché un tableau célèbre avant qu’on le vole, un couple de tortue faisant l’amour…).
C’est à la boutique de fournitures pour artiste qu’il retrouve la trace de son père : près du présentoir de stylos, sur le bloc de papier où l’on essaie la mine avant de faire son choix, il découvre l’écriture et le nom de ce dernier.
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D'Oskar et de sa correspondance :

"Cher Stephen Hawking,
Puis-je s’il vous plaît être votre protégé ?
Merci,
Oskar Schell"

"Merci pour votre lettre. Il ne m’est pas possible de répondre personnellement au très abondant courrier que je reçois. Sachez cependant que je lis toutes les lettres et les réserve dans l’espoir d’être un jour en mesure de répondre à chacune comme elle le mérite. Dans cette attente,
Bien à vous,
Stephen Hawking"



De merveilleux évènements typographiques jalonnent le roman et c'est tellement, tellement... que ça me fiche des semelles de plomb"

Extrait :
"-Il y a plus d'endroits dont tu n'as jamais entendu parler que d'endroits dont tu as entendu parler!"/
ça, j'ai adoré. Il avait couvert presque toutes les guerres du 20è siècle, comme la guerre d'Espagne, le génocide du Timor oriental, et des sales affaires qui s'étaient passées en Afrique. Je n'avais entendu parler d'aucune d'entre elles, alors j'ai essayé de me les rappeler pour pouvoir les chercher sur Google quand je rentrerais. La liste devenait incroyablement longue dans ma tête : Francis Scott Key Fitzgerald, se poudrer le nez, Churchill, Mustang décapotable, Walter Cronkite, flirter, la Baie des Cochons, 33 tours, Datsun, Kent State, saindoux, ayatollah Khomeiny, Polaroïd, apartheid, drive-in, favela, Trotski, le mur de Berlin, Tito, Autant en emporte le vent, Franl Lloyd Wright, hula hoop, Technicolor, guerre d'Espagne, Grace Kelly, Timor oriental, règle à calcul, et tout un tas de pays d'Afrique dont j'essayais de me rappeler les noms mais que j'avais déjà oubliés. ça devenait dur de garder en moi tout ce que je ne savais pas."


L'index biographique de Mr Black :
Henry Kissinger : guerre! / Ornette Coleman : musique! / Che Guevara : guerre! / Tom Cruise : argent! / Jean-Paul II : guerre! / Wolfgang Puck : argent! / Yasser Arafat : guerre! / Mick Jagger : argent! / Ariel Sharon : guerre!

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"La Route folle à Cagnes" Chaïme Soutine
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ECOUTE...

15:55 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livres, littérature, lecture

12/06/2007

Louis Aragon

Dans le hall de la galerie des Machines les mains fardées pour l’amour les mannequins passent d’un air prétentieux comme pendant un steeple-chase Les pianos de l’Æolian Company assurent le succès de la fête Les mendiants apportent tout leur or pour assister au spectacle On a dépensé sans compter et personne ne songe plus au lendemain Personne excepté l’ibis lumineux suspendu par erreur au plafond

en guise de lustre

(extrait de : Feu de joie)

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Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur de sang de lassitude
Vous n'aurez rien appris de nos illusions rien de nos faux pas compris
Nous ne vous aurons à rien servi vous devrez à votre tour payer le prix
Je vois se plier votre épaule A votre front je vois le pli des habitudes

Bien sûr bien sûr vous me direz que c'est toujours comme cela mais justement
Songez à tous ceux qui mirent leurs doigts vivants leurs mains de chair dans l'engrenage
Pour que cela change et songez à ceux qui ne discutaient même pas leur cage
Est - ce qu'on peut avoir le droit au désespoir le droit de s'arrêter un moment



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Je ne dis pas cela pour démoraliser Il faut regarder le néant
En face pour savoir en triompher Le chant n est pas moins beau quand il décline
Il faut savoir ailleurs l'entendre qui renaît comme l'écho dans les collines
Nous ne sommes pas seuls au monde à chanter et le drame est l'ensemble des chants

Le drame il faut savoir y tenir sa partie et même qu'une voix se taise
Sachez le toujours le choeur profond reprend la phrase interrompue
Du moment que jusqu'au bout de lui même le chanteur a fait ce qu'il a pu
Qu'importe si chemin faisant vous allez m'abandonner comme une hypothèse

(extrait de : Oeuvre poétique, 1957-1962 -Epilogue)
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10/06/2007

Erri de Luca

Je fus déçue par ma lecture du roman Trois chevaux, puis par celle de Tu, Mio :
j'avais le sentiment qu'on abordait là des thèmes "politiquement corrects" mille fois rebâchés par différents auteurs à travers d'autres oeuvres de fiction.
Parce que les atrocités de l'histoire du XXème siècle sont souvent "exploitées" pour créer une fiction qui touche forcément son lecteur et que, bien sûr, nous, lecteurs, nous ne pouvons pas nous permettre de dire -ni même de penser : "je n'aime pas", "ça ne m'intéresse pas"...
Question de génération? Nous croyons tout savoir des émotions portées par ces pages d'histoire et pensons qu'il vaudrait mieux non pas passer à autre chose, mais modifier une bonne fois pour toutes ces tentatives créatrices désespérantes qui tournent autour des atrocités. Parce qu'il me semble malsain d'en parler autrement que sous la forme du documentaire, et encore plus malsain que certains reprennent à bon compte des évènements dont ils n'ont pas même été témoins.
Mais j'ai un curieux rapport avec la lecture.
Je ne suis pas une lectrice d'histoires. Je suis une lectrice qui appréhende et qui n'aime pas les histoires.
Parce que c'est ainsi, je me plonge dans l'écriture de l'autre, dans la perception de l'autre, en oubliant le scénario, le lieu, le prétexte, et parfois c'est un bonheur.
De ma lecture d'Erri de Luca je retiens la plume car j'aime l'homme.
J'aime le conducteur de camion, l'ouvrier de chez Fiat et celui des chantiers, le maçon, comme j'aime et me sens proche de ce jardinier qui élague massivement à l'automne parce qu'il sait que du superflu qu'il ôte et supprime renaîtra au printemps le fruit, la vie, et de ce fruit et de cette vie le regard (le témoignage) de l'autre.
Je me sens de ces saisons-là. De cette main.
Je sens qu'il faut nous mettre au devoir de manier le même outil.
Je me sens, collée à chaque noyau de mon existence, amoureuse des petites boutures qui feront, dans le nouvel été, la maturité de toute appartenance à l'existence commune.
A condition qu'elle se dise.
J'aime l'élagueur de Luca, parce qu'il murmure tout près du livre, de l'écrit, de sa propre bible.
A travers Trois chevaux nous est contée l'Histoire, telle que peut la lire dans sa douleur et pendant qu'elle se fait, celui qui a tout perdu, celui qui marche encore.
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Dans le même temps de cette écriture, sur la Place de Mai, encore, les mères n'ont pas fini de tourner avec la photographie de leurs enfants disparus... Plaza de Mayo au centre de Buenos Aires, les foulards blancs sont les langes en tissu de leurs bébés.
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L'homme de Trois chevaux ne raconte pas. Il se tait, il travaille, il s'atable, il aime Làila comme il se peut. Il n'a pas de nom. Là bas, sa femme a payé de sa vie leur combat contre la dictature militaire.
Si je parlais des mères, c'est que l'homme invite à cette universelle émotion -le livre, les arbres, les saisons, la perte de l'être aimé. (Le Contraire de un n'est-il pas dédié aux mères?)
L'auteur lance un cri différent, divergeant, autre, dans une poétique, une plume au service des plus humbles. C'est pour ça que je pense aux mères, aux grand-mères de la Plaza, à leur ronde. Et aussi parce que dans cette écriture, moi qui n'aime pas les histoires, au minimalisme semé d'entre ces lignes je vais m'accrocher à ce que je connais, ce que je sens.
Ayant fuit cette Argentine-là pour rentrer au pays, le protagoniste d'origine italienne compte le nombre croissant de ses propres saisons comme autant de chevaux enterrés, d'arbres à émerger de la terre.
Et puis, il y a le livre. Le livre en main. Le papier. Le réveil à la racine de l'écrit.
Il y a toujours un livre au réveil de celui qui apprend l'hébreu pour lire les textes sacrés et les traduire.
Il y a nécessairement un livre ouvert, toujours, entre les mains du conducteur de camions qui part pour diverses missions auprès des populations bosniaques de l'ex-Yougoslavie au nom d'une organisation humanitaire.

"J'attache de la valeur au règne animal et à la république des étoiles.
J'attache de la valeur au vin tant que dure le repas, au sourire involontaire, à la fatigue de celui qui ne s'est pas épargné, à deux vieux qui s'aiment.
J'attache de la valeur à ce qui demain ne vaudra plus rien
et à ce qui aujourd'hui vaut encore peu de chose."

(< extrait de : "Oeuvre sur l'eau")
http://errideluca.free.fr/valeur.htm

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("A mi-mots" : Erri de Luca sur Arte Vod)
http://www.artevod.com/programDetails.do?emissionId=1236

23:35 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livres, littérature

27/05/2007

Eugène Guillevic

En passant par je découvre La Chaîne des poètes. Ce jour, je choisis celui qui lançait ses mots sur les nuages (parce qu'ils y sont toujours). Des mots qui font glisser au matin, crevant le brouillon des brumes, leurs perles sur les capucines.

*Eugène Guillevic* ( Du domaine )

Le soleil
Ne parle pas du mal
Qu'il a eu
À être là.

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Des roses
qui ne pensent pas
À être des roses.


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Ces moments
Où rien n'est intercepté.


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Toujours le vent
Trouve à redire,
À lui-même
Surtout.


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18:40 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poésie

23/05/2007

Clématite

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22:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Jardin

20/05/2007

Chemin montant dans les hautes herbes. Renoir

Chemin montant dans les hautes herbes
(1872-75)

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Un chemin où les enfants de Gonzague pourraient courir en tête, entraînés par leur tante.
Irène pourrait bien courir entre les herbes hautes, oui, entraînant les enfants.
Parce que c’est assez indécent.
Courir oui, parce qu’elle est pressée : elle ne fait que passer.
Monsieur Ladmiral, qui savait « attraper la ressemblance » sur chacune de ses toiles, observe depuis l’ombre du tilleul sous lequel on l’a convenablement mis à l’abri pour la sieste.
Il perçoit les éclats de la première cavalcade qui descend des hautes herbes.
Il attend, dans un semblant de sommeil qui n’est à la mi-journée que ce que la presque pénombre de ses désirs est à son cadran personnel (sans aucun remord mais avec ses préférences), il attend que ces murmures achèvent de le rejoindre dans le feu d’artifice en arc-de-voix qu'il préfère au reste d'un dimanche sans surprise.
Car la jeunesse dont il est nostalgique descend vers lui.
Il n’a que faire du couple à l’ombrelle qui semblait avoir pris de l’avance, en haut de la côte, en lui tournant le dos, car ce n’est plus dans ce sens-là qu’il voit les choses, monsieur Ladmiral.
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Il a renversé la pente pour faire glisser vers lui les taches rouges des coquelicots, le chapeau d’Irène et le signe qu’elle lui adresse.
Il a toujours préféré Irène, qui « fait gicler les cailloux ».
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Renoir, Tavernier, le sens du chemin... ne sont que prétexte.c92b526551a9a67809407e6812c28a43.jpg

18:15 Publié dans incitation poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : peinture

17/05/2007

L'Oeil

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21:30 Publié dans Allons voir si la rose... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

14/05/2007

Hopper -Art Institute of Chicago

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Nighthawks (huile, 1942)

Un intérieur de Hopper dont je ne cesse de fixer l’amplitude.
Il devrait faire nuit mais la lumière de son pinceau me projette vers tous les possibles.
Etre. Devenir. Dedans et dehors.
Habiter l'espace, le parcourir de long en large sans jamais en voir l’infini, y fondre ma petite lumière interne à la lumière générale. Me donner le droit de ne plus longer les murs. Ne plus craindre de mourir étouffée. Ne plus être confrontée à ne m'existentialiser qu'en coin de table près de la porte de sortie pour prévenir l’urgence.
Car d’habitude, le monde m’apparaît étriqué, réservé à l’autre par un double renoncement : ne pas participer à la guerre des coudes, laisser toujours volontiers la place.
Je laisse passer les plus humbles mais aussi les plus bruyants pour m’en débarrasser, enfin d'habitude, en général, je m’oublie.
Or, dans la perspective de cet intérieur, j’existe.
Peut-être parce que, me semble-t-il, il y a de la place.
De la place pour le regard, de la place pour le monde. De la place et de l’espace sans l’ombre du resserrement que je perçois dans d’autres lieux.
Même si, après le premier étonnement, je perçois quelque chose de fragile.
Le peintre ne m’a pas invitée, je puis demeurer transparente, sans doute assise à une table -je choisis toujours la table, et j’empoigne avec douceur la perspective d’un droit de regard presque planétaire.
Une page sans drame où l’histoire n’a pas d’importance. Une page qui n’aurait pas pour finalité d’être tournée sur une autre. Un laps de temps suspendu entre toutes les minutes de toutes les heures sur un cadran qui se serait arrêté non pour cesser, mais pour me laisser démarrer. Offrant sans décompte, sans risque, sans contrainte et sans prise de rendez-vous à tenir, le seul plasir de n’être point enfermée.
Les inhibitions se sont évanouies : je ne sais pas depuis combien de temps je suis là, mais j’ai la certitude d’avoir toujours cherché à y être. Même si je ne peux dire exactement où je me situe.
Ce sentiment ne vient pas des personnages placés devant le bar ni derrière le bar. Je ne me demande pas d’où ils sont venus, vers quoi ils vont repartir. Je ne me demande même pas à quoi ils songent ni ce qui pourrait les réunir. Leur passé, leur devenir, m’indiffèrent. Ils ne sont qu’élément(s).
Simplement ils sont, je les sens dans la parenthèse. Notre parenthèse commune avec chacun en soi, chacun chez soi. J’ai la conviction profonde que, plongés dans leur antériorité, ils ne viendront pas me déranger.
Tout ce qui tend au questionnement intime ne concerne que moi.
Alors,
je me penche à nouveau sur la toile de Hopper et,
d’un seul coup,
je comprends.
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Je comprends la méprise en m'arrêtant sur l'ocre oranger à gauche.
Le peintre a travaillé depuis l’extérieur.
Je ne suis plus dans la continuité de l’espace : celui-ci est bel et bien délimité.
Je suis à la rue, derrière la devanture où l’on installa le chevalet.
Les fenêtres plaquées en hauteur sur cet ocre oranger appartiennent à une autre structure, extérieure, située de face. Un ocre puissant d'obscurité, d'achévé, de fermitude. -"foyers clos; portes refermées; possessions jalouses du bonheur".
Le bar, à présent contigu.
La ruelle offrait un angle tellement lisse et au-delà d’une seule dimension que je la prenais pour la plateforme parfaite de mon cœur de regard : pas de découpe franche, une frontière floue…
Avec l’ivresse d’avoir chausser des patins sur la glace d’une patinoire où évoluer en dehors des heures d’ouverture au public.
Vous voyez ce que je veux dire ?
L'unité est rompue. La singularité.
Face au comptoir rendu à sa misère, six fenêtres, dont trois entièrement peintes, surplombent une seconde entrée -bureau, immeuble, vitrine. Le tout plus ou moins fermé. Espèce d'espace clos. Espèce de fermitude où les touches qu'offrait la palette sont venu cogner.
L'"intérieur" de Hopper est un intérieur-d'extérieur dont la vitre sans tracé alonge le regard et plonge un moment dans l'embarras. Le lumineux mais torve faisceau n'a fait que donner champs à l'émotion interne.
A la rue, estomac noué, je perçois enfin la vitre encerclant le bar et qui le délimite.
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Je me noie dans un paysage qui entreprend de réduire à nouveau son monde. Un monde de si peu d'espace. Réducteur. Habité de la fatigue des gens. Dépendant de la moindre averse à tomber.
Un monde sans abri douloureusement clos avec juste quelques centimètres pour passer entre deux sièges, entre deux rêves, entre la nuit qui ferme et le jour qui vient. Un monde sans table où se poser pour consommer pleine existence.
Un monde d'une solitude à lire sur le dos des gens.
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Les couples, dont le champ depuis l'objectif aurait donné un profil presque idéal, se délitent, rompus à leur misère, chacun la sienne.
Les percolateurs seront bientôt au repos. Les derniers passants se sont rentrés.

Amplitude de l'univers de Hopper?

P-S : Si vous passez devant l'espace aérien et ouvert que je recherche, faites-moi signe.
P-S : Comment en vouloir à la femme de ménage qui s'est acharnée à laver la vitre?

14:15 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

13/05/2007

Au dépôt de larmes

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Quand le ciel verse des pleurs ridicules comme ça
Les chats
Engouffrés sous les porches
Regardent le feuillage tirer la langue

ECOUTE

21:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, jardin

Les voeux sont faits (macro)

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17:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : photographie

06/05/2007

La pluie jazze, les jardins aussi sont affligés

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- "Mais il faut
F A I R E
Quelque chose !
"
-s'écria le petit garçon en se prenant la tête entre les mains

(Bernard Benson in Le Livre de la Paix)

20:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

31/10/2006

Le ravissement de sa parole


podcast

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"Les paysans s'étaient un peu étonnés. D'abord parce que depuis des millénaires que la mer envahissait la plaine..."

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"Mais la marée de juillet monta à l'assaut de la plaine et noya la récolte. Croyant qu'elle n'avait été victime que d'une armée particulièrement forte, et malgré les gens de la plaine qui tentaient de la dissuader, l'année d'après la mère recommença. La mer monta encore..."

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"Puis, en juillet, la mer était monté comme d'habitude à l'assaut de la plaine. Les barrages n'étaient pas assez puissants. Ils avaient été rongés par les crabes nains des rizières. En une nuit, ils s'effondrèrent."
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11:45 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

06/10/2006

Lanterne magique : ombre et lumière

sur un air de> Gaston Couté (un gâs qu'a mal tourné) : "Le Petit qui pleure" ♫♫

podcast






Les perles du matin qui fendillent la croûte de vos souliers sous le pas naissant des automnes.
L’habillage blafard des chaussées livrées aux premiers froids.
La surimpression des sépias, fondu encahiné, plaques de lanterne, camera obscura.
La colle des timbres restée sur la langue, facteur-dépêches-toi-l'amour-n'attend-pas.
L’Harmonium pendu dans la cour des grands.
L’évadé de la tour qui chancelle entre les créneaux de son petit monde et la vue qu’il a gagné sur la mer.
La mer, engloutisseuse de la chair des marins, rejeteuse d'accastillages sur la joue des fossiles.
Les femmes de marin, amours piégés dans les échos rendus des vents, leurs songes vendus à la criée entre deux marées hautes.
Empennage rompu des stukas gisant encore au fond de la mer Egée.
Traffic démantelé des addictions à l’encadrure des lassitudes.
Démineurs des pensées intimes. Emondeurs de poèmes. Patrouilleurs désarmés.
Effileurs de mèches au front de mer. Effleureurs d’opacités, capteurs des réseaux.
Matins de neige fidèles aux tout premiers matins de neige.
Oeillade écarquillée des orphelins, au quartier d'orange des noëls.
Pain perdu, boudoir blanc-rose qui pétille dans le champagne, boîtàcoco.
Fêtes galantes, La Bonne chanson, Romances sans paroles.
Astrolabe géant sur le dos des observatoires.
Hassan Massoudi, calligraphe à Bagdad.
Des cils sur l'édredon.
Plumetis humides des taffetas coincés dans l’œil des géants à la jetée des ports d’armes.
La fin de mois qui reste à faire, ces effeuillés de poireaux dans le filet des grand-mères.
Et la mineuse des feuilles d’Allium, les déballeurs d'insecticides et la nappe phréatique.
Et la suspension des jardins à l’orgue de Jehan Alain.
Et le marché aux oiseaux, l’idiotisme du marchand de sable, nos pensées qui tremblaient à la fermeture des lumières et l’odeur de cire du cosy chataigne où se sont encastrés nos rêves.
Et l'habilleuse, le souffleur et le machiniste, la déchireuse de coupon, la soubrette et l'avaleur de sabres.
Et tous ceux, tous ceux qui sont restés figés dans le décor et tous ceux qui n'ont jamais su que la guerre était finie.

19:45 Publié dans incitation poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture

21/09/2006

Tirez sur le fil !


podcast

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Une aube avorte aux prémisses du matin
Sable ensemencé de paupières à la gerçure des vents

Trop tôt
Pour te défaire du crépuscule pâli de tes veillées

Les serveuses de bar enveloppent de leurs dernières fatigues la croix tendue sur le porte manteau de ta nuit

Petite baie de crinoline la lune en ébriété t’invite
Tu sais qu’au vrai matin
Rompue
Elle aura tourné le coin de la rue
Comme d’habitude
Elle aura honte comme d’habitude

Mais rien n’empêche la parenthèse de suspendre le néant à sa minute
Sur le cadran comateux des dortoirs de mémoire

Ici
On s’étonne des mille éclats de la ville dans une si petite flaque
Ici on s’étonne qu'il soit déjà presque demain et qu'il faille
Qu'il faille déjà
Recommencer

Laisses passer les étoiles

20:30 Publié dans incitation poétique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : écriture, poesie, blog

04/09/2006

Prends tes racines

Tendues à l'espace des mondes
Nous accrochions nos certitudes aux couleurs des saisons
Nos pas sur ces rivages déposaient les empreintes premières
Nos ventres avaient la perfection de l’arc des cathédrales
Quand un jour comme ça vient à toi
(Des matins qui te font éternuer sous les pétales. Le ciel au bout des doigts. L’âme des crocus sortis de terre et l’ombre adoucie des cyprès murmurant qu’il est temps. –Des pluies si claires versées sur l’aube des jardins que les pensées bordent déjà l’étal d’avril à venir).
Donnes


podcast

De l'éclaircie la plus tiède surgirent l'aube de tes doigts L'arc de tes sommeils
Territoire d'une paix sans nom dont l'étendue carresse encore la pulpe de l'événement
Sur les gâlbes et sur les frontons le vent sculpte ta scène
Prends
Devances la danse des étoiles


Aussi
J'inscris les noms sous les autels

19:40 Publié dans incitation poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

30/08/2006

de Lambeaux

" Pourquoi avez-vous labouré le mal ? "
( Charles Juliet : Lambeaux -P.O.L. )

19:01 Publié dans incitation poétique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

23/08/2006

Glaneurs


Fripés dans leurs toilettes -atours de paille des mauvais jours

Place de la République rendue à la circulation

Adossés aux bas-reliefs en bronze au pied de la statue dans l’axe longitudinale (1789, 1880)

Couchant devant l’urne du suffrage universel (Egalité -drapeau tricolore, une équerre à niveau
Fraternité -attributs agricoles, enfants en train de lire
)

De la Marseilleise coulaient encore des sangs impurs qu’abreuvaient nos sillons

Au Soleil Levant, bar-brasserie, nous commandions en hâte
- On se rendait au café-philo


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J'épluche la nacre des étoiles

Un regard de lune béant vers moi





"Un peintre c'est quelqu'un qui essuie la vitre entre le monde et nous avec de la lumière, avec un chiffon de lumière imbibé de silence."
(Christian Bobin : L’Inespérée)
Et quand le ciel affecté nous impose son grand nettoyage
Pluies battantes entre les cils de l’estuaire où l’orage a rabattu l’immensité des golfes
Gorges livrées aux batailles

Les eaux vomissent la mémoire de nos caves -souvenances incertaines -adhésions obsolètes

Le temps est en son désastre ce que mon cœur appréhendé des temps de paix veut ignorer de l’absence des vagues
Le silence
C’est quand des parenthèses font de tes rêves un jour de moins dans le défilé raisonnable et sobre des agendas

Le silence : la minute qui nous soulage
Révélant aux hommes leur aptitude à s’unir encore pour les hommages

Les hommes
Sympathisants des aubes qui se lèvent

La lumière : rayons de certitudes blafardes -crépusculaires
Elle aspire la cire ancienne des regards encastrés dont on ne comptait plus que les méchancetés

-L’éclaircie de vos silences rend aux humbles leur empreinte en ce monde
Vous allez
Leur repêchant depuis les mots simples accrochés à l'hameçon de vos radeaux
La preuve de leur existence

Dans l'étroite cellule des prisons ils tournent les pages d’un recueil au Temps qu’il fait Lettres vives ou Fata Morgana

Et la lecture désarme

Et la vitre-frontière essuie les tirs hallucinés des mille pinceaux de vos palettes

Vitre-étendage de cristal

Sous le châssis des émotions tu frappes et balaies le givre séculaire dans la minute
De silence


podcast
Renan Luce : Lacrymal circus

" Vous seriez loin de votre vie. Comme toujours, n'est-ce pas : un état ordinaire, banal. Le corps irait tout seul vers l'abîme, avec l'élan acquis de l'âge. Et sous la fraîcheur du sang, une faiblesse, une cendre. Une nostalgie : l'âme. Malade, oui. Sans doute : malade. Le vrai nom de la maladie, ce serait l'enfance. Comme telle, inguérissable. (...) " Souveraineté du vide" : Christian Bobin (folio, 1995).


Comme les marées balaient ce qui précède !

Comme les mémoires enchâssent de si larges absences !

Comme chaque matin défait le précédent !


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mouchoirs rendus au vent des fenêtres
nettoyer l’espace de nos rêves.



>Commentaires

beau blog bien soigné qui presente des trouvailles en texte et en musique. C'est un plaisir de rencontrer de la qualité et de l'originalité, je le signale sur le forum grain de sel ici

http://grain-de-sel.cultureforum.net/viewtopic.forum?p=15934#15934

Ecrit par : rotko | 24.08.2006

Sur le thème du glanage, penser au très beau film d'Agnès Varda,
C'est toujours un plaisir de voir un film d'Agnès Varda. Elle interroge le quotidien, en fait sortir la poésie, l'humour, et elle filme les gens avec tendresse.

A partir du tableau de Millet, les glaneurs, elle fait préciser ce qu'est le glanage : la récuperation sur le sol des restes non commercialisables, qu'il s'agisse d'épis de blé ou de pommes de terre oubliées. Le grapillage, c'est vertical : grappes de raisin ou fruits.

Est-ce bien légal ? mais parfaitement, et des propriétaires jouent le jeu. D'autres , non. On voit aussi les récupérateurs ! les laissés -pour-compte de la société, ils se nourrissent ainsi. Il y aussi de doux rêveurs, des contestataires de la consommation, des fouilleurs de poubelles, par besoin, pour l'art etc...

Eventail des pratiques, galerie de personnages.

Il en résulte un film de rencontres et de trouvailles, léger, humoristique, chaleureux aussi. Agnes Varda communique à ses films le charme de sa personnalité.

Ecrit par : rotko | 24.08.2006



Merci d'être passé par là Rotko : et un petit caillou ;-)
Mais oui, j'ai pensé au film d'Agnès Varda. Et à son tournage "deux ans après" ou : Que sont devenus les Glaneurs et la glaneuse-cinéaste, glaneuse d'images et d'émotions.

Me souviens de cet homme se nourrissant de légumes abandonnés sur le marché et du pain complet de la veille ramassé gare Montparnasse. Chercheur ou chimiste, il donne bénévolement des cours d'alphabétisation dans un foyer de la Sonacotra.

N'hésitez pas à glaner et à grapiller! La BIBLE l'autorise ainsi que le code Napoléon...

Ecrit par : Babelle | 24.08.2006

19:20 Publié dans incitation poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

embusqué

Bâtisseurs blues
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L’armée renforce sa présence au nord, au sud.
Les prévisions terrestres de Meteoconsult.fr affiche 31°C sur Beyrouth avec un vent faible et des rafales à 20 Km/h. "Ensoleillé, sans précipitation".
La qualité de l’air, la vitesse du vent, c’était compter hors des normales saisonnières. Au soir d’ici le matin là-bas s’achève à peine.

La haine éjecta, de l’un de mes regards sur ce monde, son premier missile.
Mes soldats de plomb torturaient aux frontières.
Les coups prenaient racine sur l’émail blanche de toute latitude.
Mes mains –hier encore tournant les pages, se couvraient d’un sang qui n’était pas le mien.

Toute musique éteinte. Interruption des caresses.

Je jetais les enfants dans les chaudrons bouillonnant des sorcières, j’exhumais les rancœurs séculaires, j’assommais les passants (les pauvres, les vieux, les plus faibles), je brûlais les livres, je creusais des tranchées, j’égorgeais, je pillais, je rendais monsieur Linh et sa petite fille à des ré embarcations de fortune, des diarrhées de mots indéclinables la veille sortaient des encyclopédies léchées par les flammes.
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Ecrit par : Bab | 22.07.2006

19:15 Publié dans incitation poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Montez!

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Char à blanc
auto-moteur blindé désarmé sur chenille

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19:15 Publié dans incitation poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

♥ Février-mars au matin. Neige.

Il a souvent neigé dans les tiroirs des coiffeuses en bois de rose offrant à l'étincelle des poussières nos bijoux de papier
Les soleils d'hiver aux midis de plume ont altéré le grain des miroirs

Comment préserver le timbre de vos voix tandis que d'invisibles artificiers font tournoyer encore de tels jets de lumière

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Ta main reposait déjà sur les genoux du monde
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La tour bienveillante des ombres sacrées se profilait entre mes pas
J'avançais vers des savoirs de soie
Cristal des miroirs
D'où naissait l'hortensia


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Dans les plis bleus de toutes les fêtes ils vous regardaient
Coudes et mentons adossés à leurs drames
On se dépassait en souriant sous vos étoiles


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Puis les nids des arbres regorgeaient de chocolats Pâques avait caché des pièges rieurs dans leur panier

Les enfants couraient dans vos allées


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Février-mars coiffant de même neige et de même silence un autre matin
Rendit au pas la semelle de vos marches croisées
Vous alliez d'avant-garde effacer sur l'ardoise la poussière des chemins
De chaque versant Des vents conjoints
Vos mains iraient se mêler sous les châles blancs
Tant de repos dans l'enluminure de vos regards qu'aucun bouquet ne saurait dire
Le lit des rivières y couche l'ancre précise où je démarre


podcast

-à Max et Mina- La Valse (Tiersen)

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Masques au jardin

Des galets rendus aux creux des sables. Des pas coulés sur la toile éphémère et ridée des rivages.

Panachées, drapées, lithochromées -indigo mauve prune aux coeur de noisette, levant les yeux au ciel.
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Et d'autres carminées avec
cette étrangeté dans le pétale
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Regards

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Ecume-collerette plus modeste
souriant aux oiseaux
de passage.

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♥ C'était l'année Mozart...

Les vents de nuit pour se venger avaient gelé les rivières dans nos veines

Nous restions muets rassemblés sur la seule berge
Tandis que des bras s'allonge