27/06/2006
Comment j'ai tué mon père - Anne Fontaine. 2001
Ils se parleront enfin (à moins que tout cela ne soit qu'un rêve), sans se regarder. Même si ce long flash back de 95 minutes n'en est pas un. Même si le fils (-"dans cette ville j'étais un orphelin, vous m'avez adopté"), bouclant la boucle en ouvrant un courrier venu du "continent noir" (celui des ratées affectives de l'enfance?), nous conduit lui-même à l'immersion du père au coeur du théâtre figé qu'il s'est construit.
Gérontologue adulé de la bourgeoisie locale Jean-Luc offre ses soins aux plus de cinquante ans venant chercher dans sa clinique un frein à leurs angoisses du vieillissement (botox, hormones de croissance, physiothérapie). -"Parce que tout le monde sait que la vie humaine est tout de même un fardeau", dit-il au moment-même où il reconnait son père dans l'assistance.
Après une escapade de 20 ans -vingt annnées et 3 cartes postales plus tard- ce dernier, médecin, réapparaît dans un de ces costumes qui ne se font plus. Il n'a laissé qu'une petite valise à la consigne. Le plus jeune de ses deux fils avait quatre ans lorsqu'un jeudi après-midi, déviant sans raison de sa ligne de conduite (d'un seul coup "Je n'étais plus cet homme-là"), il décide de ne pas rentrer et s'envole pour exercer en Afrique.
Confrontation. Des regards plombés qui se cherchent et ne s'affirment qu'aux seuls détours de l'émotion. Avec à leur secours une image fixe et la convention d'un dialogue épuré ou fictif : "Je croyais que tu étais mort". "Penses-tu que cela soit bien raisonnable?"Paysage relationnel marqué par la pauvreté du seul ressentiment. L'attente d'une repentance qui ne vient pas. Qui ne serait qu'ordinaire ou correcte alors que le plus mauvais des personnages n'est pas forcément celui qui fut à l'origine de l'abandon.
Des ombres depuis le territoire échappée à l'enfance : une Dauphine blanche passe.
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Certains y verront, sur le mode auquel nous avait invité la réalisatrice, une occasion à l'observation des comportements lorsqu'un nouveau protagoniste rentre en scène, violentant le quotidien des êtres et soulevant le voile factice d'une vie bien rangée. Bien ar-ran-gée. Mais le voile soulevé ici prend valeur universelle dès que le père manquant refait surface.
Tu n'es pas parti je t'ai tué, mort ou vivant tu seras toujours là par ton absence. Tu es parti parce que toute forme d'idéal s'est retiré de ta vie, moi je ne risque pas de faire un enfant.
Alors : -"Ce n'est pas moi qui t'ai fait, dit le père. Tu t'es fait tout seul, et ça doit continuer".
D'où les douloureuses paroles de Michel Bouquet (César du meilleur interprète 2002 pour cette interprétation ): "Les racines, on se les craient. C'est là où l'on se pose. On s'y sent moins mal qu'ailleurs".
Par deux fois vient défiler un paysage africain où des enfants pieds nus courent autour des cahutes. Ajoutant à l'intensité, comme si la misère là-bas pouvait recouvrir la comédie de nos conflits et de nos drames ici. Ajoutant à l'ambivalence que nous éprouvons envers le père ayant manqué à ses devoirs ici pour se rendre utile là-bas. Ses missions humanitaires demeurent floues. Il en préserve modestement le secret. Ce qui donne enfin du poids à sa représentation. Ce qui donne la force au fils de le haîr avec l'intensité de la passion, de le faire (re)vivre ou de le tuer.
22:35 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma
17/06/2006
La Tête dans le carton à chapeaux - CRASY IN ALABAMA
Quand Antonio Banderas rassemble autour de Melanie Griffith David Morse, Meat Loaf Aday, Lucas Black, Rod Steiger, Robert Wagner, Elizabeth Perkins et Fannie Flagg... -"Un pur dééliiiiice" au Festival du Film de Venise (octobre 1999).
Lucie débarque sa flopée de mioches chez sa pauvre mère pour reprendre la route via Hollywood avec la tête de Chester dans son carton à chapeaux : Chester, son époux, ne pouvait pas jouir sans la traiter de pute. Il était brut et encombrant. Le reste du corps sera retrouvé plus tard dans le congélateur sous les pi-mouss, Rick & rock et autres esquimaux à l'eau de la femme-au-foyer qu'elle était Lucie.
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Lucille Fleur, pourtant, elle a bien la tête sur les épaules (même si elle emporte celle de Chester avec elle pour s'assurer qu'elle l'a bien tué) parce qu'elle va réaliser son rêve, celui de devenir une actrice fétiche in the movies stars en passant par Las Vegas et sillonant cette partie de l'Amérique dans la limousine du défunt mais...
-"T'es rien sans moi..." : ne cesse de lui tanner la voix de Chester depuis le paquet sur le siège arrière. D'ailleurs aucun cours d'eau sur son chemin ne semblera assez profond pour balancer définitivement la boîte par-dessus un pont jusqu'à ce qu'elle fasse stoper un énamouré taximan sur Golden Gate Bridge.
Peejo, le neveu préféré, recueille les confidences et témoigne, du haut de ses 14 ans, tandis qu'il ne comprend pas pourquoi Taylor Jackson refuse d'êre son copain de jeu.
C'est que Taylor est noir, du noir de sa communauté, de ce noir interdit à la piscine municipale de cet été 1965 en Alabama.
C'est que Taylor accompagne ses aînés qui osent défiler pour un droit de vote ("oui, ce serait normal qu'ils puissent voter comme nous, mais c'est pas permis, c'est tout").
C'est que "les noirs ça se répand comme la mauvaise herbe en été" dit le shérif avant de sortir sa matraque après avoir éloigné les journalistes.
Peejo vit chez son oncle croquemort qui conduit la berline des Pompes funèbres. Ils ont, sur cette rive de la famille, un coeur lourd qui pend tellement que les voisins invités pour le week-end se sont décommandés car ils ne causent pas aux blancs qui causent aux noirs. Alors tant mieux s'ils se retrouvent avec quatre douzaines de canapés au fromage pimenté sur le dos.
...Quand on oublie sur l'écran les comédiens, le réalisateur, la date de la sortie pour... traverser ensemble la rivière de la liberté à la piscine municipale.
23:55 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma
11/06/2006
Des collections qui donneraient envie de lire même à ceux qui n'aiment pas ça?
"-Ca t'arrive souvent ce genre de plan?
-C'est pas un plan c'est une crise. (...)
-Tu fais quoi dans la vie?
-Je cherche.
-Tu cherches quoi?
-Des choses.
-Mais encore...
-Je cherche à savoir qui est arrivé en premier de l'oeuf ou de la poule. Des trucs comme ça...
-(...) Tu veux pas me raconter ton histoire?"
C'est comme ça que ça commence et que ça se termine Au bonheur des poules. Bien des années après que le petit ait fait sa première rentrée des classes, quand il parlait gallinais et qu'il était resté debout trois jours d'afilé devant la maîtresse avant de se décider enfin à s'assoir.
Une collection, des séries, des auteurs et... leurs "petits arrangements avec l'enfance"
Attention! Défense d'aller ici : http://apreslalune.free.fr
18:35 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Livres
01/06/2006
CHATS PERCHES de Chris Marker
Documentaire. France. 2004.
Le prétexte? Un petit conte de Maspéro : Luc a perdu son chat.
Comment? Pourquoi?
Chagall (entendez Segal) avait écrit : "Les oiseaux sont des cons!" -Allez savoir pourquoi... Un autre poète (devinette) aurait écrit : "Nous avons besoin des chats!"
Chris Marker, réalisateur de La Jetée, part donc, un peu avant l'année 2000, à la recherche du chat. Levant les yeux au-dessus des toits de Paris, il aperçoit le chat jaune, à plusieurs endroits, graffité, tagué à une altitude où le "tagueur" prend le risque de se rompre le cou pour faire apparaître le sourire du chat.
( "Chat. Sourire. Le sourire du chat. Le tagueur de chat prend le risque de taguer le chat ci haut au-dessus des toits de Paris, pourquoi" (signé Marguerite Duras). ;-( ).
- Puis du chat jaune, on perd la trace. Sur le chemin, dans le métro parisien, 4 années défilent. 2000, 2001. Des temps à ne pas mettre un chat dehors? Septembre : la peur après la chute des tours. A chaque station l'on tient serré contre soi son sac, l'inquiétude se lit sur les visages. 2002. L'impensable (oublié, banalisé) arrive.
- Après une longue quête le caméraman retrouve le chat, à la manif du 1er mai...
Sortie de Jospin. L'homme honnête se retire. Reste le "voyou", 80%. Etc... jusqu'aux défilés contre la guerre en Irak, jusqu'au visage de Cantat, l'enterrement de Marie Trintignant (Des tournesols). 2004.
Une belle chronique
Errance filmique.
Dans la rue tout se tisse, s'affirme, se délie. Le pavé reprend ses droits.
15:35 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma