23/08/2006

♥ C'était l'année Mozart...

Les vents de nuit pour se venger avaient gelé les rivières dans nos veines

Nous restions muets rassemblés sur la seule berge
Tandis que des bras s'allongeaient encore
Plus faiblement qu'au matin

On n'avait pas même enseigner aux enfants à compter sur leurs doigts
Et tandis qu'on recherchait les coupables mièvres de ces trente dernières années
Les plus atteints
Accrochant leurs textos appauvris au ciel dépouillé de leurs écrans de marque
Ne trouvaient pas la sortie de secours malgré la signalisation
(on avait oublié aussi de leur apprendre à lire)

Il y eut donc d'innombrables noyades

Les souris optiques sans fil ne glissaient plus sur nos tapis Pixifot personnalisables à septeurosquatrevingtquinzeseulement
Les pique-niques en famille avaient chuté de 60% depuis les années 80, les jeux de cartes entre copains diminué de moitié se lamentait Boase à travers l'enquête "The Strenght of Internet Ties"
Les moteurs de recherche aussi se faisaient la guerre
Les présidentiables présidentiaient tandis qu'il nous fallait lutter contre les infections nosocomiales
La vieille coque du Clemenceau expirait sous l'amiante

Après les prières
Le ventre repus des ferry recrachait un millier d'hommes en Mer rouge

Sur le lac Victoria les orphelins suçaient les arrêtes des perches du Nil qui avaient séché sous le soleil noir de Tanzanie
Les aviateurs russes déchargeaient leurs armes sitôt acheminées vers le Sud

Les victimes enviaient le sort des victimes reconnues tandis que de nouveaux crimes se perpétuaient en direct

On bâtissait des murs de bêton
On acheminait d'autres armes dans les sous-sols exangües
On piétinait des drapeaux
On faisait la chasse aux dessinateurs
Des cinéastes tombaient sous les balles
On n'entrouvrait les frontières qu'aux plus riches

On avait oublié un Antonio Lobo Antunes dans un wagon restaurant du TGV Paris Lyon mais personne n'avait envie de jouer au bookcrossing
Une dépêche annonçait avec solennité que les iris jaunes et les roseaux pourraient recycler
nos eaux polluées
Une autre que Pluton allait perdre son neuvième rang à la classification du système solaire supplantée par Ub313 dont le diamètre semblait nettement plus massif
Les plus bêtes nous disaient en souriant Quoi vous n'avez pas lu le dernier Houellebecq
Benabar avait enfin trouvé ses allumettes et chantait L'Italien

Des archéologues
Penchés dans nos allées
Cueillaient sous la poussière de leurs pinceaux la trace de nos pas
La buée de nos larmes
Les débris de nos désirs d'idéaux
Et l'on se demandait combien il faudrait de temps aux historiens pour parler enfin correctement de ce temps-là

Alors

Nous restions muets rassemblés sur la seule berge
Relisant de mémoire les rides qui marquaient les mains de nos ascendants sur des chemins tracés et travaillés pour nous
Le temps d'écrire cela des doigts se dressaient encore hors de l'eau

Les vents de nuit pour se venger avaient gelé les rivières dans nos veines



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