23/08/2006
Glaneurs
Fripés dans leurs toilettes -atours de paille des mauvais jours
Place de la République rendue à la circulation
Adossés aux bas-reliefs en bronze au pied de la statue dans l’axe longitudinale (1789, 1880)
Couchant devant l’urne du suffrage universel (Egalité -drapeau tricolore, une équerre à niveau
Fraternité -attributs agricoles, enfants en train de lire)
De la Marseilleise coulaient encore des sangs impurs qu’abreuvaient nos sillons
Au Soleil Levant, bar-brasserie, nous commandions en hâte
- On se rendait au café-philo
![]()
J'épluche la nacre des étoiles
Un regard de lune béant vers moi
"Un peintre c'est quelqu'un qui essuie la vitre entre le monde et nous avec de la lumière, avec un chiffon de lumière imbibé de silence."
(Christian Bobin : L’Inespérée)
Et quand le ciel affecté nous impose son grand nettoyage
Pluies battantes entre les cils de l’estuaire où l’orage a rabattu l’immensité des golfes
Gorges livrées aux batailles
Les eaux vomissent la mémoire de nos caves -souvenances incertaines -adhésions obsolètes
Le temps est en son désastre ce que mon cœur appréhendé des temps de paix veut ignorer de l’absence des vagues
Le silence
C’est quand des parenthèses font de tes rêves un jour de moins dans le défilé raisonnable et sobre des agendas
Le silence : la minute qui nous soulage
Révélant aux hommes leur aptitude à s’unir encore pour les hommages
Les hommes
Sympathisants des aubes qui se lèvent
La lumière : rayons de certitudes blafardes -crépusculaires
Elle aspire la cire ancienne des regards encastrés dont on ne comptait plus que les méchancetés
-L’éclaircie de vos silences rend aux humbles leur empreinte en ce monde
Vous allez
Leur repêchant depuis les mots simples accrochés à l'hameçon de vos radeaux
La preuve de leur existence
Dans l'étroite cellule des prisons ils tournent les pages d’un recueil au Temps qu’il fait Lettres vives ou Fata Morgana
Et la lecture désarme
Et la vitre-frontière essuie les tirs hallucinés des mille pinceaux de vos palettes
Vitre-étendage de cristal
Sous le châssis des émotions tu frappes et balaies le givre séculaire dans la minute
De silence

Renan Luce : Lacrymal circus
" Vous seriez loin de votre vie. Comme toujours, n'est-ce pas : un état ordinaire, banal. Le corps irait tout seul vers l'abîme, avec l'élan acquis de l'âge. Et sous la fraîcheur du sang, une faiblesse, une cendre. Une nostalgie : l'âme. Malade, oui. Sans doute : malade. Le vrai nom de la maladie, ce serait l'enfance. Comme telle, inguérissable. (...) " Souveraineté du vide" : Christian Bobin (folio, 1995).
Comme les marées balaient ce qui précède !
Comme les mémoires enchâssent de si larges absences !
Comme chaque matin défait le précédent !
![]()
mouchoirs rendus au vent des fenêtres
nettoyer l’espace de nos rêves.
>Commentaires
beau blog bien soigné qui presente des trouvailles en texte et en musique. C'est un plaisir de rencontrer de la qualité et de l'originalité, je le signale sur le forum grain de sel ici
http://grain-de-sel.cultureforum.net/viewtopic.forum?p=15934#15934
Ecrit par : rotko | 24.08.2006
Sur le thème du glanage, penser au très beau film d'Agnès Varda,
C'est toujours un plaisir de voir un film d'Agnès Varda. Elle interroge le quotidien, en fait sortir la poésie, l'humour, et elle filme les gens avec tendresse.
A partir du tableau de Millet, les glaneurs, elle fait préciser ce qu'est le glanage : la récuperation sur le sol des restes non commercialisables, qu'il s'agisse d'épis de blé ou de pommes de terre oubliées. Le grapillage, c'est vertical : grappes de raisin ou fruits.
Est-ce bien légal ? mais parfaitement, et des propriétaires jouent le jeu. D'autres , non. On voit aussi les récupérateurs ! les laissés -pour-compte de la société, ils se nourrissent ainsi. Il y aussi de doux rêveurs, des contestataires de la consommation, des fouilleurs de poubelles, par besoin, pour l'art etc...
Eventail des pratiques, galerie de personnages.
Il en résulte un film de rencontres et de trouvailles, léger, humoristique, chaleureux aussi. Agnes Varda communique à ses films le charme de sa personnalité.
Ecrit par : rotko | 24.08.2006
Merci d'être passé par là Rotko : et un petit caillou ;-)
Mais oui, j'ai pensé au film d'Agnès Varda. Et à son tournage "deux ans après" ou : Que sont devenus les Glaneurs et la glaneuse-cinéaste, glaneuse d'images et d'émotions.
Me souviens de cet homme se nourrissant de légumes abandonnés sur le marché et du pain complet de la veille ramassé gare Montparnasse. Chercheur ou chimiste, il donne bénévolement des cours d'alphabétisation dans un foyer de la Sonacotra.
N'hésitez pas à glaner et à grapiller! La BIBLE l'autorise ainsi que le code Napoléon...
Ecrit par : Babelle | 24.08.2006
19:20 Publié dans incitation poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Ecrire un commentaire