27/05/2007

Eugène Guillevic

En passant par je découvre La Chaîne des poètes. Ce jour, je choisis celui qui lançait ses mots sur les nuages (parce qu'ils y sont toujours). Des mots qui font glisser au matin, crevant le brouillon des brumes, leurs perles sur les capucines.

*Eugène Guillevic* ( Du domaine )

Le soleil
Ne parle pas du mal
Qu'il a eu
À être là.

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Des roses
qui ne pensent pas
À être des roses.


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Ces moments
Où rien n'est intercepté.


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Toujours le vent
Trouve à redire,
À lui-même
Surtout.


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23/05/2007

Clématite

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20/05/2007

Chemin montant dans les hautes herbes. Renoir

Chemin montant dans les hautes herbes
(1872-75)

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Un chemin où les enfants de Gonzague pourraient courir en tête, entraînés par leur tante.
Irène pourrait bien courir entre les herbes hautes, oui, entraînant les enfants.
Parce que c’est assez indécent.
Courir oui, parce qu’elle est pressée : elle ne fait que passer.
Monsieur Ladmiral, qui savait « attraper la ressemblance » sur chacune de ses toiles, observe depuis l’ombre du tilleul sous lequel on l’a convenablement mis à l’abri pour la sieste.
Il perçoit les éclats de la première cavalcade qui descend des hautes herbes.
Il attend, dans un semblant de sommeil qui n’est à la mi-journée que ce que la presque pénombre de ses désirs est à son cadran personnel (sans aucun remord mais avec ses préférences), il attend que ces murmures achèvent de le rejoindre dans le feu d’artifice en arc-de-voix qu'il préfère au reste d'un dimanche sans surprise.
Car la jeunesse dont il est nostalgique descend vers lui.
Il n’a que faire du couple à l’ombrelle qui semblait avoir pris de l’avance, en haut de la côte, en lui tournant le dos, car ce n’est plus dans ce sens-là qu’il voit les choses, monsieur Ladmiral.
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Il a renversé la pente pour faire glisser vers lui les taches rouges des coquelicots, le chapeau d’Irène et le signe qu’elle lui adresse.
Il a toujours préféré Irène, qui « fait gicler les cailloux ».
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Renoir, Tavernier, le sens du chemin... ne sont que prétexte.c92b526551a9a67809407e6812c28a43.jpg

17/05/2007

L'Oeil

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14/05/2007

Hopper -Art Institute of Chicago

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Nighthawks (huile, 1942)

Un intérieur de Hopper dont je ne cesse de fixer l’amplitude.
Il devrait faire nuit mais la lumière de son pinceau me projette vers tous les possibles.
Etre. Devenir. Dedans et dehors.
Habiter l'espace, le parcourir de long en large sans jamais en voir l’infini, y fondre ma petite lumière interne à la lumière générale. Me donner le droit de ne plus longer les murs. Ne plus craindre de mourir étouffée. Ne plus être confrontée à ne m'existentialiser qu'en coin de table près de la porte de sortie pour prévenir l’urgence.
Car d’habitude, le monde m’apparaît étriqué, réservé à l’autre par un double renoncement : ne pas participer à la guerre des coudes, laisser toujours volontiers la place.
Je laisse passer les plus humbles mais aussi les plus bruyants pour m’en débarrasser, enfin d'habitude, en général, je m’oublie.
Or, dans la perspective de cet intérieur, j’existe.
Peut-être parce que, me semble-t-il, il y a de la place.
De la place pour le regard, de la place pour le monde. De la place et de l’espace sans l’ombre du resserrement que je perçois dans d’autres lieux.
Même si, après le premier étonnement, je perçois quelque chose de fragile.
Le peintre ne m’a pas invitée, je puis demeurer transparente, sans doute assise à une table -je choisis toujours la table, et j’empoigne avec douceur la perspective d’un droit de regard presque planétaire.
Une page sans drame où l’histoire n’a pas d’importance. Une page qui n’aurait pas pour finalité d’être tournée sur une autre. Un laps de temps suspendu entre toutes les minutes de toutes les heures sur un cadran qui se serait arrêté non pour cesser, mais pour me laisser démarrer. Offrant sans décompte, sans risque, sans contrainte et sans prise de rendez-vous à tenir, le seul plasir de n’être point enfermée.
Les inhibitions se sont évanouies : je ne sais pas depuis combien de temps je suis là, mais j’ai la certitude d’avoir toujours cherché à y être. Même si je ne peux dire exactement où je me situe.
Ce sentiment ne vient pas des personnages placés devant le bar ni derrière le bar. Je ne me demande pas d’où ils sont venus, vers quoi ils vont repartir. Je ne me demande même pas à quoi ils songent ni ce qui pourrait les réunir. Leur passé, leur devenir, m’indiffèrent. Ils ne sont qu’élément(s).
Simplement ils sont, je les sens dans la parenthèse. Notre parenthèse commune avec chacun en soi, chacun chez soi. J’ai la conviction profonde que, plongés dans leur antériorité, ils ne viendront pas me déranger.
Tout ce qui tend au questionnement intime ne concerne que moi.
Alors,
je me penche à nouveau sur la toile de Hopper et,
d’un seul coup,
je comprends.
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Je comprends la méprise en m'arrêtant sur l'ocre oranger à gauche.
Le peintre a travaillé depuis l’extérieur.
Je ne suis plus dans la continuité de l’espace : celui-ci est bel et bien délimité.
Je suis à la rue, derrière la devanture où l’on installa le chevalet.
Les fenêtres plaquées en hauteur sur cet ocre oranger appartiennent à une autre structure, extérieure, située de face. Un ocre puissant d'obscurité, d'achévé, de fermitude. -"foyers clos; portes refermées; possessions jalouses du bonheur".
Le bar, à présent contigu.
La ruelle offrait un angle tellement lisse et au-delà d’une seule dimension que je la prenais pour la plateforme parfaite de mon cœur de regard : pas de découpe franche, une frontière floue…
Avec l’ivresse d’avoir chausser des patins sur la glace d’une patinoire où évoluer en dehors des heures d’ouverture au public.
Vous voyez ce que je veux dire ?
L'unité est rompue. La singularité.
Face au comptoir rendu à sa misère, six fenêtres, dont trois entièrement peintes, surplombent une seconde entrée -bureau, immeuble, vitrine. Le tout plus ou moins fermé. Espèce d'espace clos. Espèce de fermitude où les touches qu'offrait la palette sont venu cogner.
L'"intérieur" de Hopper est un intérieur-d'extérieur dont la vitre sans tracé alonge le regard et plonge un moment dans l'embarras. Le lumineux mais torve faisceau n'a fait que donner champs à l'émotion interne.
A la rue, estomac noué, je perçois enfin la vitre encerclant le bar et qui le délimite.
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Je me noie dans un paysage qui entreprend de réduire à nouveau son monde. Un monde de si peu d'espace. Réducteur. Habité de la fatigue des gens. Dépendant de la moindre averse à tomber.
Un monde sans abri douloureusement clos avec juste quelques centimètres pour passer entre deux sièges, entre deux rêves, entre la nuit qui ferme et le jour qui vient. Un monde sans table où se poser pour consommer pleine existence.
Un monde d'une solitude à lire sur le dos des gens.
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Les couples, dont le champ depuis l'objectif aurait donné un profil presque idéal, se délitent, rompus à leur misère, chacun la sienne.
Les percolateurs seront bientôt au repos. Les derniers passants se sont rentrés.

Amplitude de l'univers de Hopper?

P-S : Si vous passez devant l'espace aérien et ouvert que je recherche, faites-moi signe.
P-S : Comment en vouloir à la femme de ménage qui s'est acharnée à laver la vitre?

13/05/2007

Au dépôt de larmes

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Quand le ciel verse des pleurs ridicules comme ça
Les chats
Engouffrés sous les porches
Regardent le feuillage tirer la langue

ECOUTE

Les voeux sont faits (macro)

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06/05/2007

La pluie jazze, les jardins aussi sont affligés

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- "Mais il faut
F A I R E
Quelque chose !
"
-s'écria le petit garçon en se prenant la tête entre les mains

(Bernard Benson in Le Livre de la Paix)

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