20/05/2007
Chemin montant dans les hautes herbes. Renoir
Chemin montant dans les hautes herbes
(1872-75)
Un chemin où les enfants de Gonzague pourraient courir en tête, entraînés par leur tante.
Irène pourrait bien courir entre les herbes hautes, oui, entraînant les enfants.
Parce que c’est assez indécent.
Courir oui, parce qu’elle est pressée : elle ne fait que passer.
Monsieur Ladmiral, qui savait « attraper la ressemblance » sur chacune de ses toiles, observe depuis l’ombre du tilleul sous lequel on l’a convenablement mis à l’abri pour la sieste.
Il perçoit les éclats de la première cavalcade qui descend des hautes herbes.
Il attend, dans un semblant de sommeil qui n’est à la mi-journée que ce que la presque pénombre de ses désirs est à son cadran personnel (sans aucun remord mais avec ses préférences), il attend que ces murmures achèvent de le rejoindre dans le feu d’artifice en arc-de-voix qu'il préfère au reste d'un dimanche sans surprise.
Car la jeunesse dont il est nostalgique descend vers lui.
Il n’a que faire du couple à l’ombrelle qui semblait avoir pris de l’avance, en haut de la côte, en lui tournant le dos, car ce n’est plus dans ce sens-là qu’il voit les choses, monsieur Ladmiral.
Il a renversé la pente pour faire glisser vers lui les taches rouges des coquelicots, le chapeau d’Irène et le signe qu’elle lui adresse.
Il a toujours préféré Irène, qui « fait gicler les cailloux ».
Renoir, Tavernier, le sens du chemin... ne sont que prétexte.
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06/10/2006
Lanterne magique : ombre et lumière
sur un air de> Gaston Couté (un gâs qu'a mal tourné) : "Le Petit qui pleure" ♫♫

Les perles du matin qui fendillent la croûte de vos souliers sous le pas naissant des automnes.
L’habillage blafard des chaussées livrées aux premiers froids.
La surimpression des sépias, fondu encahiné, plaques de lanterne, camera obscura.
La colle des timbres restée sur la langue, facteur-dépêches-toi-l'amour-n'attend-pas.
L’Harmonium pendu dans la cour des grands.
L’évadé de la tour qui chancelle entre les créneaux de son petit monde et la vue qu’il a gagné sur la mer.
La mer, engloutisseuse de la chair des marins, rejeteuse d'accastillages sur la joue des fossiles.
Les femmes de marin, amours piégés dans les échos rendus des vents, leurs songes vendus à la criée entre deux marées hautes.
Empennage rompu des stukas gisant encore au fond de la mer Egée.
Traffic démantelé des addictions à l’encadrure des lassitudes.
Démineurs des pensées intimes. Emondeurs de poèmes. Patrouilleurs désarmés.
Effileurs de mèches au front de mer. Effleureurs d’opacités, capteurs des réseaux.
Matins de neige fidèles aux tout premiers matins de neige.
Oeillade écarquillée des orphelins, au quartier d'orange des noëls.
Pain perdu, boudoir blanc-rose qui pétille dans le champagne, boîtàcoco.
Fêtes galantes, La Bonne chanson, Romances sans paroles.
Astrolabe géant sur le dos des observatoires.
Hassan Massoudi, calligraphe à Bagdad.
Des cils sur l'édredon.
Plumetis humides des taffetas coincés dans l’œil des géants à la jetée des ports d’armes.
La fin de mois qui reste à faire, ces effeuillés de poireaux dans le filet des grand-mères.
Et la mineuse des feuilles d’Allium, les déballeurs d'insecticides et la nappe phréatique.
Et la suspension des jardins à l’orgue de Jehan Alain.
Et le marché aux oiseaux, l’idiotisme du marchand de sable, nos pensées qui tremblaient à la fermeture des lumières et l’odeur de cire du cosy chataigne où se sont encastrés nos rêves.
Et l'habilleuse, le souffleur et le machiniste, la déchireuse de coupon, la soubrette et l'avaleur de sabres.
Et tous ceux, tous ceux qui sont restés figés dans le décor et tous ceux qui n'ont jamais su que la guerre était finie.
19:45 Publié dans incitation poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture
21/09/2006
Tirez sur le fil !








Une aube avorte aux prémisses du matin
Sable ensemencé de paupières à la gerçure des vents
Trop tôt
Pour te défaire du crépuscule pâli de tes veillées
Les serveuses de bar enveloppent de leurs dernières fatigues la croix tendue sur le porte manteau de ta nuit
Petite baie de crinoline la lune en ébriété t’invite
Tu sais qu’au vrai matin
Rompue
Elle aura tourné le coin de la rue
Comme d’habitude
Elle aura honte comme d’habitude
Mais rien n’empêche la parenthèse de suspendre le néant à sa minute
Sur le cadran comateux des dortoirs de mémoire
Ici
On s’étonne des mille éclats de la ville dans une si petite flaque
Ici on s’étonne qu'il soit déjà presque demain et qu'il faille
Qu'il faille déjà
Recommencer
Laisses passer les étoiles
20:30 Publié dans incitation poétique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : écriture, poesie, blog
04/09/2006
Prends tes racines
Tendues à l'espace des mondes
Nous accrochions nos certitudes aux couleurs des saisons
Nos pas sur ces rivages déposaient les empreintes premières
Nos ventres avaient la perfection de l’arc des cathédrales
Quand un jour comme ça vient à toi
(Des matins qui te font éternuer sous les pétales. Le ciel au bout des doigts. L’âme des crocus sortis de terre et l’ombre adoucie des cyprès murmurant qu’il est temps. –Des pluies si claires versées sur l’aube des jardins que les pensées bordent déjà l’étal d’avril à venir).
Donnes

De l'éclaircie la plus tiède surgirent l'aube de tes doigts L'arc de tes sommeils
Territoire d'une paix sans nom dont l'étendue carresse encore la pulpe de l'événement
Sur les gâlbes et sur les frontons le vent sculpte ta scène
Prends
Devances la danse des étoiles
Aussi
J'inscris les noms sous les autels
19:40 Publié dans incitation poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30/08/2006
de Lambeaux
" Pourquoi avez-vous labouré le mal ? "
( Charles Juliet : Lambeaux -P.O.L. )
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23/08/2006
Glaneurs
Fripés dans leurs toilettes -atours de paille des mauvais jours
Place de la République rendue à la circulation
Adossés aux bas-reliefs en bronze au pied de la statue dans l’axe longitudinale (1789, 1880)
Couchant devant l’urne du suffrage universel (Egalité -drapeau tricolore, une équerre à niveau
Fraternité -attributs agricoles, enfants en train de lire)
De la Marseilleise coulaient encore des sangs impurs qu’abreuvaient nos sillons
Au Soleil Levant, bar-brasserie, nous commandions en hâte
- On se rendait au café-philo
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J'épluche la nacre des étoiles
Un regard de lune béant vers moi
"Un peintre c'est quelqu'un qui essuie la vitre entre le monde et nous avec de la lumière, avec un chiffon de lumière imbibé de silence."
(Christian Bobin : L’Inespérée)
Et quand le ciel affecté nous impose son grand nettoyage
Pluies battantes entre les cils de l’estuaire où l’orage a rabattu l’immensité des golfes
Gorges livrées aux batailles
Les eaux vomissent la mémoire de nos caves -souvenances incertaines -adhésions obsolètes
Le temps est en son désastre ce que mon cœur appréhendé des temps de paix veut ignorer de l’absence des vagues
Le silence
C’est quand des parenthèses font de tes rêves un jour de moins dans le défilé raisonnable et sobre des agendas
Le silence : la minute qui nous soulage
Révélant aux hommes leur aptitude à s’unir encore pour les hommages
Les hommes
Sympathisants des aubes qui se lèvent
La lumière : rayons de certitudes blafardes -crépusculaires
Elle aspire la cire ancienne des regards encastrés dont on ne comptait plus que les méchancetés
-L’éclaircie de vos silences rend aux humbles leur empreinte en ce monde
Vous allez
Leur repêchant depuis les mots simples accrochés à l'hameçon de vos radeaux
La preuve de leur existence
Dans l'étroite cellule des prisons ils tournent les pages d’un recueil au Temps qu’il fait Lettres vives ou Fata Morgana
Et la lecture désarme
Et la vitre-frontière essuie les tirs hallucinés des mille pinceaux de vos palettes
Vitre-étendage de cristal
Sous le châssis des émotions tu frappes et balaies le givre séculaire dans la minute
De silence

Renan Luce : Lacrymal circus
" Vous seriez loin de votre vie. Comme toujours, n'est-ce pas : un état ordinaire, banal. Le corps irait tout seul vers l'abîme, avec l'élan acquis de l'âge. Et sous la fraîcheur du sang, une faiblesse, une cendre. Une nostalgie : l'âme. Malade, oui. Sans doute : malade. Le vrai nom de la maladie, ce serait l'enfance. Comme telle, inguérissable. (...) " Souveraineté du vide" : Christian Bobin (folio, 1995).
Comme les marées balaient ce qui précède !
Comme les mémoires enchâssent de si larges absences !
Comme chaque matin défait le précédent !
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mouchoirs rendus au vent des fenêtres
nettoyer l’espace de nos rêves.
>Commentaires
beau blog bien soigné qui presente des trouvailles en texte et en musique. C'est un plaisir de rencontrer de la qualité et de l'originalité, je le signale sur le forum grain de sel ici
http://grain-de-sel.cultureforum.net/viewtopic.forum?p=15934#15934
Ecrit par : rotko | 24.08.2006
Sur le thème du glanage, penser au très beau film d'Agnès Varda,
C'est toujours un plaisir de voir un film d'Agnès Varda. Elle interroge le quotidien, en fait sortir la poésie, l'humour, et elle filme les gens avec tendresse.
A partir du tableau de Millet, les glaneurs, elle fait préciser ce qu'est le glanage : la récuperation sur le sol des restes non commercialisables, qu'il s'agisse d'épis de blé ou de pommes de terre oubliées. Le grapillage, c'est vertical : grappes de raisin ou fruits.
Est-ce bien légal ? mais parfaitement, et des propriétaires jouent le jeu. D'autres , non. On voit aussi les récupérateurs ! les laissés -pour-compte de la société, ils se nourrissent ainsi. Il y aussi de doux rêveurs, des contestataires de la consommation, des fouilleurs de poubelles, par besoin, pour l'art etc...
Eventail des pratiques, galerie de personnages.
Il en résulte un film de rencontres et de trouvailles, léger, humoristique, chaleureux aussi. Agnes Varda communique à ses films le charme de sa personnalité.
Ecrit par : rotko | 24.08.2006
Merci d'être passé par là Rotko : et un petit caillou ;-)
Mais oui, j'ai pensé au film d'Agnès Varda. Et à son tournage "deux ans après" ou : Que sont devenus les Glaneurs et la glaneuse-cinéaste, glaneuse d'images et d'émotions.
Me souviens de cet homme se nourrissant de légumes abandonnés sur le marché et du pain complet de la veille ramassé gare Montparnasse. Chercheur ou chimiste, il donne bénévolement des cours d'alphabétisation dans un foyer de la Sonacotra.
N'hésitez pas à glaner et à grapiller! La BIBLE l'autorise ainsi que le code Napoléon...
Ecrit par : Babelle | 24.08.2006
19:20 Publié dans incitation poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Montez!
19:15 Publié dans incitation poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
embusqué
Bâtisseurs blues
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L’armée renforce sa présence au nord, au sud.
Les prévisions terrestres de Meteoconsult.fr affiche 31°C sur Beyrouth avec un vent faible et des rafales à 20 Km/h. "Ensoleillé, sans précipitation".
La qualité de l’air, la vitesse du vent, c’était compter hors des normales saisonnières. Au soir d’ici le matin là-bas s’achève à peine.
La haine éjecta, de l’un de mes regards sur ce monde, son premier missile.
Mes soldats de plomb torturaient aux frontières.
Les coups prenaient racine sur l’émail blanche de toute latitude.
Mes mains –hier encore tournant les pages, se couvraient d’un sang qui n’était pas le mien.
Toute musique éteinte. Interruption des caresses.
Je jetais les enfants dans les chaudrons bouillonnant des sorcières, j’exhumais les rancœurs séculaires, j’assommais les passants (les pauvres, les vieux, les plus faibles), je brûlais les livres, je creusais des tranchées, j’égorgeais, je pillais, je rendais monsieur Linh et sa petite fille à des ré embarcations de fortune, des diarrhées de mots indéclinables la veille sortaient des encyclopédies léchées par les flammes.
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Ecrit par : Bab | 22.07.2006
19:15 Publié dans incitation poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
♥ Février-mars au matin. Neige.
Il a souvent neigé dans les tiroirs des coiffeuses en bois de rose offrant à l'étincelle des poussières nos bijoux de papier
Les soleils d'hiver aux midis de plume ont altéré le grain des miroirs
Comment préserver le timbre de vos voix tandis que d'invisibles artificiers font tournoyer encore de tels jets de lumière
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Ta main reposait déjà sur les genoux du monde
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La tour bienveillante des ombres sacrées se profilait entre mes pas
J'avançais vers des savoirs de soie
Cristal des miroirs
D'où naissait l'hortensia
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Dans les plis bleus de toutes les fêtes ils vous regardaient
Coudes et mentons adossés à leurs drames
On se dépassait en souriant sous vos étoiles
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Puis les nids des arbres regorgeaient de chocolats Pâques avait caché des pièges rieurs dans leur panier
Les enfants couraient dans vos allées
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Février-mars coiffant de même neige et de même silence un autre matin
Rendit au pas la semelle de vos marches croisées
Vous alliez d'avant-garde effacer sur l'ardoise la poussière des chemins
De chaque versant Des vents conjoints
Vos mains iraient se mêler sous les châles blancs
Tant de repos dans l'enluminure de vos regards qu'aucun bouquet ne saurait dire
Le lit des rivières y couche l'ancre précise où je démarre

-à Max et Mina- La Valse (Tiersen)

19:10 Publié dans incitation poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Masques au jardin
Des galets rendus aux creux des sables. Des pas coulés sur la toile éphémère et ridée des rivages.
Panachées, drapées, lithochromées -indigo mauve prune aux coeur de noisette, levant les yeux au ciel.
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Et d'autres carminées avec
cette étrangeté dans le pétale
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Regards
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Ecume-collerette plus modeste
souriant aux oiseaux
de passage.
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