20/11/2007

Haruki Murakami

Puis
Je fis une lecture étrange.

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Sous le couvercle du monde marchaient encore seize enfants qui s’en allaient rejoindre Owanyama, la colline du bol-de-riz aux pentes escarpées mais cependant assez accessible : ils allaient comme souvent, se dispersant, cueillir les champignons éphémères et les légumes sauvages.
C’était un peu après que le reflet d’une lumière se soit révélée au-dessus de leur marche sur quelque carlingue métallique que l'institutrice avait pris pour un B29 habituel.
Si je vous donne le code d’accès au dossier (maintenant disponible au Bureau des archives nationales américaines de Washington) vous pourrez vérifier par vous-même :
« -Il devait être un peu plus de dix heures du matin. Très haut dans le ciel, on a vu un point argenté, à l’éclat vif. Ce point brillant se déplaçait lentement dans le ciel, d’est en ouest.
(…) Le ciel était bleu, sans un nuage, la luminosité éblouissante. »
Un enfant mit cependant plus de temps que les autres à en émerger. Soixante ans plus tard une part de son ombre manquait encore tandis qu’il arpentait sous les baillements bienveillants des siamois les hautes herbes des terrains vagues de Tokyo à la recherche d’une écaille-de-tortue fugueuse.
Il y eut aussi une siamoise gris perle : « - Appelez-moi Mimi, comme dans La Bohème de Puccini… »

Sous le couvercle du même monde des enfants faisaient l’école buissonnière pour se réfugier dans les bibliothèques qui ouvraient leur porte à 11h. Ils perdaient connaissance avant de pouvoir douloureusement s’extirper, de l’épaisseur aussi tranchante que le barbelé, des buissons dans lesquels ils se réveillaient. Ceux-là retrouvaient à peine leur reflet dans les miroirs. Il y avait comme des cœurs de petits animaux torturés. Il y avait des filets de mémoire qu’on remontait mal. Des yeux qu’on fermait pour laisser couler le temps. Une Virginia Slim qu’on voyait s’allumer. Des impressions de déjà vu, de déjà joué. Des cloisons minces. Des nouilles instantanées. Des soleils couchant dans un ciel sans étoile. Et sur les mains, un sang qui n’était pas le nôtre.
Tenter de vous dire tout ça, c’est encore comme se crier des choses d’une rive à l’autre, des choses que le vent ne vient pas déposer là où il faut. A moins que ce soit mes mots à moi qui soient inappropriés.

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KAFKA SUR LE RIVAGE
Haruki Murakami
Belfond, 2006

Extrait (p. 61) :
" - Bonjour, dit le vieil homme.
Le chat leva la tête et lui rendit son salut à voix basse, d'un ton las. C'était un bon vieux gros matou noir.
- Belle journée, non?
-Hmm, dit le chat.
- Pas un nuage!
- Pour l'instant...
- Le beau temps ne va pas durer?
- Ça va se gâter dans la soirée, à mon avis, répondit le chat noir en étirant lentement une patte et en plissant les yeux en direction du vieil homme.
Il regardait le chat en souriant.
Ce dernier hésita un instant, sans raison apparente, puis se résigna à prendre la parole.
- Hum, alors comme ça... vous savez parler, vous?
- Oui, dit le vieil homme, un peu honteux.
Puis, pour montrer son respect, il ôta son bonnet de montagne en coton tout élimé.
- Je ne parle pas à tous les chats que je croise, reprit-il, seulement quand les circonstances s'y prêtent, comme maintenant.
- Hum, fit l'animal, résumant ainsi succinctement ses impressions.
- Ça ne vous dérange pas si je m'assieds un moment? Nakata est un peu fatigué de marcher.
Le matou noir se redressa lentement, ses longues moustaches frémissantes, et bâilla à s'en décrocher la mâchoire.
- Ça ne me dérange pas. Ou plutôt, ça ne me regarde pas. Vous pouvez bien vous assoir où ça vous chante. Personne ne vous dira rien."
(...)
- Richard Galliano, Tangaria Quartet - Chat Pître

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Haruki Murakami

Puis
Je fis une lecture étrange.

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Sous le couvercle du monde marchaient encore seize enfants qui s’en allaient rejoindre Owanyama, la colline du bol-de-riz aux pentes escarpées mais cependant assez accessible : ils allaient comme souvent, se dispersant, cueillir les champignons éphémères et les légumes sauvages.
C’était un peu après que le reflet d’une lumière se soit révélée au-dessus de leur marche sur quelque carlingue métallique que l'institutrice avait pris pour un B29 habituel.
Si je vous donne le code d’accès au dossier (maintenant disponible au Bureau des archives nationales américaines de Washington) vous pourrez vérifier par vous-même :
« -Il devait être un peu plus de dix heures du matin. Très haut dans le ciel, on a vu un point argenté, à l’éclat vif. Ce point brillant se déplaçait lentement dans le ciel, d’est en ouest.
(…) Le ciel était bleu, sans un nuage, la luminosité éblouissante. »
Un enfant mit cependant plus de temps que les autres à en émerger. Soixante ans plus tard une part de son ombre manquait encore tandis qu’il arpentait sous les baillements bienveillants des siamois les hautes herbes des terrains vagues de Tokyo à la recherche d’une écaille-de-tortue fugueuse.
Il y eut aussi une siamoise gris perle : « - Appelez-moi Mimi, comme dans La Bohème de Puccini… »

Sous le couvercle du même monde des enfants faisaient l’école buissonnière pour se réfugier dans les bibliothèques qui ouvraient leur porte à 11h. Ils perdaient connaissance avant de pouvoir douloureusement s’extirper, de l’épaisseur aussi tranchante que le barbelé, des buissons dans lesquels ils se réveillaient. Ceux-là retrouvaient à peine leur reflet dans les miroirs. Il y avait comme des cœurs de petits animaux torturés. Il y avait des filets de mémoire qu’on remontait mal. Des yeux qu’on fermait pour laisser couler le temps. Une Virginia Slim qu’on voyait s’allumer. Des impressions de déjà vu, de déjà joué. Des cloisons minces. Des nouilles instantanées. Des soleils couchant dans un ciel sans étoile. Et sur les mains, un sang qui n’était pas le nôtre.
Tenter de vous dire tout ça, c’est encore comme se crier des choses d’une rive à l’autre, des choses que le vent ne vient pas déposer là où il faut. A moins que ce soit mes mots à moi qui soient inappropriés.

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KAFKA SUR LE RIVAGE
Haruki Murakami
Belfond, 2006

Extrait (p. 61) :
" - Bonjour, dit le vieil homme.
Le chat leva la tête et lui rendit son salut à voix basse, d'un ton las. C'était un bon vieux gros matou noir.
- Belle journée, non?
-Hmm, dit le chat.
- Pas un nuage!
- Pour l'instant...
- Le beau temps ne va pas durer?
- Ça va se gâter dans la soirée, à mon avis, répondit le chat noir en étirant lentement une patte et en plissant les yeux en direction du vieil homme.
Il regardait le chat en souriant.
Ce dernier hésita un instant, sans raison apparente, puis se résigna à prendre la parole.
- Hum, alors comme ça... vous savez parler, vous?
- Oui, dit le vieil homme, un peu honteux.
Puis, pour montrer son respect, il ôta son bonnet de montagne en coton tout élimé.
- Je ne parle pas à tous les chats que je croise, reprit-il, seulement quand les circonstances s'y prêtent, comme maintenant.
- Hum, fit l'animal, résumant ainsi succinctement ses impressions.
- Ça ne vous dérange pas si je m'assieds un moment? Nakata est un peu fatigué de marcher.
Le matou noir se redressa lentement, ses longues moustaches frémissantes, et bâilla à s'en décrocher la mâchoire.
- Ça ne me dérange pas. Ou plutôt, ça ne me regarde pas. Vous pouvez bien vous assoir où ça vous chante. Personne ne vous dira rien."
(...)
- Richard Galliano, Tangaria Quartet - Chat Pître

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24/06/2007

Jonathan Safran Foer

EXTREMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES
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Parfois, dans le laps de temps que nous dure la lecture d’un roman (une heure, un jour, un mois), des filets sont tendus sous l’oscillation de nos allées-venues.
Des filets qui rattrapent à la fuite du temps le café renversé, le courrier qui s’est accumulé, l’actualité que l’on n’a pas suivie, le film qu’on n’a pas regardé, tous ces moments qu’on a sautés. Et remettent à plus tard ce qui aurait dû avoir lieu si le livre n'était pas arrivé.
- Je ne parle pas de ces filets de polypropylène à la formule chimique commune (CH2-CH-CH3), mais d'un drapé au maillage transparent que les vers à soie de Monsieur Joncour, rapportés du Japon en 1860, auraient bien pu tisser.
Nos paupières battent, nos cillements s'impriment au creux d'incandescentes étoiles, pour un peu on s'entendrait respirer.
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Ne défilent dans l'immédiateté, rebondissant comme sur un trampoline de plumes chaque fois qu’on fait une pose -entre le moment où l’on abandonne la lecture et celui où on la reprend, que des personnages qui ne font pas partie de notre quotidien.
Qui n'en faisaient pas partie hier. Qui n'en feront plus partie demain (mais qui sait?).
Des personnages qui ne sont qu’une page d’histoire, une page de la petite histoire, quatre cent trente pages chez l’éditeur, L'Olivier.
Des gens, des gens avec leurs bracelets faits de tits et de tâ, des gens avec leur emballage de mini-Krackle, des gens avec leurs souvenirs de ville bombardée; des gens qui transportent contre eux malgré leur âge avancé et leur fragilité, une grosse pierre au sortir de la 93ème avenue; des gens qui se font des bleus et qui se les cachent, des gens qui écrivent des pages blanches, des gens qui ouvrent les enveloppes vides, des arrières-grands pères qui construisaient des murs et des abris de jardin avec les livres mais ça c'était dans un autre pays.
Le pays où, petite fille, la grand-mère d'Oskar regardait par sa fenêtre.

Ces gens, d’un seul coup chez nous, ils prennent de la place.



( Jonathan Safran Foer?
- Une écriture à délivrer ses personnages pour qu'ils nous causent encore plus fort.
- Une musique à délivrer d'entre les pages un vent qui tourne-veer, un vent qui revient-back dans tous les sens des aiguilles de la montre comme s'il n'y en avait pas assez des deux que l'on connait malgré le décalage horaire.
- Un trait, un souffle, une ombre de fusain enchaînant doucement les dessins sur des ombres de nuit qui ne sont pas les nôtres. )

Des absents qui reviennent, des absent qui ne reviendront plus et qui sont tellement absents que tout se noue et se dénoue dans cette absence autour d’eux et à cause d’eux.
Des gens : ceux qui sont déjà vieux, ceux qui sont tout petits et qui se demandent déjà ce qu’ils vont devenir sous l’embrasement des gratte-ciel.
dfe342b1525fd53d064106159dfe095c.jpeg (Kathryn Rathke)
Oskar aussi a pris l’habitude de voyager à travers Google (voir notre Sol de Lignes de faille).
Il y apprend qu’une nouvelle serrure naît à New York toutes les 2777 secondes, il imprime des photos pour les mettre dans son album des Trucs qui me sont arrivés (une fille attaquée par un requin, un soldat à qui on coupe la tête en Irak, le mur vide sur lequel était accroché un tableau célèbre avant qu’on le vole, un couple de tortue faisant l’amour…).
C’est à la boutique de fournitures pour artiste qu’il retrouve la trace de son père : près du présentoir de stylos, sur le bloc de papier où l’on essaie la mine avant de faire son choix, il découvre l’écriture et le nom de ce dernier.
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D'Oskar et de sa correspondance :

"Cher Stephen Hawking,
Puis-je s’il vous plaît être votre protégé ?
Merci,
Oskar Schell"

"Merci pour votre lettre. Il ne m’est pas possible de répondre personnellement au très abondant courrier que je reçois. Sachez cependant que je lis toutes les lettres et les réserve dans l’espoir d’être un jour en mesure de répondre à chacune comme elle le mérite. Dans cette attente,
Bien à vous,
Stephen Hawking"



De merveilleux évènements typographiques jalonnent le roman et c'est tellement, tellement... que ça me fiche des semelles de plomb"

Extrait :
"-Il y a plus d'endroits dont tu n'as jamais entendu parler que d'endroits dont tu as entendu parler!"/
ça, j'ai adoré. Il avait couvert presque toutes les guerres du 20è siècle, comme la guerre d'Espagne, le génocide du Timor oriental, et des sales affaires qui s'étaient passées en Afrique. Je n'avais entendu parler d'aucune d'entre elles, alors j'ai essayé de me les rappeler pour pouvoir les chercher sur Google quand je rentrerais. La liste devenait incroyablement longue dans ma tête : Francis Scott Key Fitzgerald, se poudrer le nez, Churchill, Mustang décapotable, Walter Cronkite, flirter, la Baie des Cochons, 33 tours, Datsun, Kent State, saindoux, ayatollah Khomeiny, Polaroïd, apartheid, drive-in, favela, Trotski, le mur de Berlin, Tito, Autant en emporte le vent, Franl Lloyd Wright, hula hoop, Technicolor, guerre d'Espagne, Grace Kelly, Timor oriental, règle à calcul, et tout un tas de pays d'Afrique dont j'essayais de me rappeler les noms mais que j'avais déjà oubliés. ça devenait dur de garder en moi tout ce que je ne savais pas."


L'index biographique de Mr Black :
Henry Kissinger : guerre! / Ornette Coleman : musique! / Che Guevara : guerre! / Tom Cruise : argent! / Jean-Paul II : guerre! / Wolfgang Puck : argent! / Yasser Arafat : guerre! / Mick Jagger : argent! / Ariel Sharon : guerre!

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"La Route folle à Cagnes" Chaïme Soutine
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ECOUTE...

10/06/2007

Erri de Luca

Je fus déçue par ma lecture du roman Trois chevaux, puis par celle de Tu, Mio :
j'avais le sentiment qu'on abordait là des thèmes "politiquement corrects" mille fois rebâchés par différents auteurs à travers d'autres oeuvres de fiction.
Parce que les atrocités de l'histoire du XXème siècle sont souvent "exploitées" pour créer une fiction qui touche forcément son lecteur et que, bien sûr, nous, lecteurs, nous ne pouvons pas nous permettre de dire -ni même de penser : "je n'aime pas", "ça ne m'intéresse pas"...
Question de génération? Nous croyons tout savoir des émotions portées par ces pages d'histoire et pensons qu'il vaudrait mieux non pas passer à autre chose, mais modifier une bonne fois pour toutes ces tentatives créatrices désespérantes qui tournent autour des atrocités. Parce qu'il me semble malsain d'en parler autrement que sous la forme du documentaire, et encore plus malsain que certains reprennent à bon compte des évènements dont ils n'ont pas même été témoins.
Mais j'ai un curieux rapport avec la lecture.
Je ne suis pas une lectrice d'histoires. Je suis une lectrice qui appréhende et qui n'aime pas les histoires.
Parce que c'est ainsi, je me plonge dans l'écriture de l'autre, dans la perception de l'autre, en oubliant le scénario, le lieu, le prétexte, et parfois c'est un bonheur.
De ma lecture d'Erri de Luca je retiens la plume car j'aime l'homme.
J'aime le conducteur de camion, l'ouvrier de chez Fiat et celui des chantiers, le maçon, comme j'aime et me sens proche de ce jardinier qui élague massivement à l'automne parce qu'il sait que du superflu qu'il ôte et supprime renaîtra au printemps le fruit, la vie, et de ce fruit et de cette vie le regard (le témoignage) de l'autre.
Je me sens de ces saisons-là. De cette main.
Je sens qu'il faut nous mettre au devoir de manier le même outil.
Je me sens, collée à chaque noyau de mon existence, amoureuse des petites boutures qui feront, dans le nouvel été, la maturité de toute appartenance à l'existence commune.
A condition qu'elle se dise.
J'aime l'élagueur de Luca, parce qu'il murmure tout près du livre, de l'écrit, de sa propre bible.
A travers Trois chevaux nous est contée l'Histoire, telle que peut la lire dans sa douleur et pendant qu'elle se fait, celui qui a tout perdu, celui qui marche encore.
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Dans le même temps de cette écriture, sur la Place de Mai, encore, les mères n'ont pas fini de tourner avec la photographie de leurs enfants disparus... Plaza de Mayo au centre de Buenos Aires, les foulards blancs sont les langes en tissu de leurs bébés.
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L'homme de Trois chevaux ne raconte pas. Il se tait, il travaille, il s'atable, il aime Làila comme il se peut. Il n'a pas de nom. Là bas, sa femme a payé de sa vie leur combat contre la dictature militaire.
Si je parlais des mères, c'est que l'homme invite à cette universelle émotion -le livre, les arbres, les saisons, la perte de l'être aimé. (Le Contraire de un n'est-il pas dédié aux mères?)
L'auteur lance un cri différent, divergeant, autre, dans une poétique, une plume au service des plus humbles. C'est pour ça que je pense aux mères, aux grand-mères de la Plaza, à leur ronde. Et aussi parce que dans cette écriture, moi qui n'aime pas les histoires, au minimalisme semé d'entre ces lignes je vais m'accrocher à ce que je connais, ce que je sens.
Ayant fuit cette Argentine-là pour rentrer au pays, le protagoniste d'origine italienne compte le nombre croissant de ses propres saisons comme autant de chevaux enterrés, d'arbres à émerger de la terre.
Et puis, il y a le livre. Le livre en main. Le papier. Le réveil à la racine de l'écrit.
Il y a toujours un livre au réveil de celui qui apprend l'hébreu pour lire les textes sacrés et les traduire.
Il y a nécessairement un livre ouvert, toujours, entre les mains du conducteur de camions qui part pour diverses missions auprès des populations bosniaques de l'ex-Yougoslavie au nom d'une organisation humanitaire.

"J'attache de la valeur au règne animal et à la république des étoiles.
J'attache de la valeur au vin tant que dure le repas, au sourire involontaire, à la fatigue de celui qui ne s'est pas épargné, à deux vieux qui s'aiment.
J'attache de la valeur à ce qui demain ne vaudra plus rien
et à ce qui aujourd'hui vaut encore peu de chose."

(< extrait de : "Oeuvre sur l'eau")
http://errideluca.free.fr/valeur.htm

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("A mi-mots" : Erri de Luca sur Arte Vod)
http://www.artevod.com/programDetails.do?emissionId=1236

11/06/2006

Des collections qui donneraient envie de lire même à ceux qui n'aiment pas ça?

"-Ca t'arrive souvent ce genre de plan?
-C'est pas un plan c'est une crise. (...)
-Tu fais quoi dans la vie?
-Je cherche.
-Tu cherches quoi?
-Des choses.
-Mais encore...
-Je cherche à savoir qui est arrivé en premier de l'oeuf ou de la poule. Des trucs comme ça...
-(...) Tu veux pas me raconter ton histoire?"

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C'est comme ça que ça commence et que ça se termine Au bonheur des poules. Bien des années après que le petit ait fait sa première rentrée des classes, quand il parlait gallinais et qu'il était resté debout trois jours d'afilé devant la maîtresse avant de se décider enfin à s'assoir.
Une collection, des séries, des auteurs et... leurs "petits arrangements avec l'enfance"
Attention! Défense d'aller ici : http://apreslalune.free.fr

18:35 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Livres

11/01/2006

L'Etourdissement (Joël Egloff)

Rien de très original que de renvoyer sur le Livre Inter, comme sur tout autre prix littéraire! Mais la particularité de mes habitudes de lecture étant justement de ne jamais me jeter sur les "prix", il s'agit d'une exception. Une crêpette, ce livre. De mémoire, 100 p. au maximum. Un volume fin dont on pensera faire vite le tour, lorsque des pavés moins raffinés envahissent nos rayons. Un bibliothéqueux m'avait dit un jour : "- C'est justement parce que c'est beau qu'il ne faut pas en rajouter!" A L'Etourdissement de Joël Egloff, il n'y a rien à ajouter. Un sourire ouvre les lèvres du lecteur. Chaque chapître vient faire le ménage dans l'étendue complexe de nos neurones. Un ciel léger reste suspendu longtemps au-dessus de la rivière-qui-mousse, dont les poissons bizarrement irradiés et sans écailles se précipitent sur les hameçons vides des pêcheurs dominicaux "pour se tirer d'ici" coûte que coûte tellement c'est effroyable de stagner dans le bain de nos multiples pollutions. Il y a des zones comme ça, en France profonde et aussi dans les replis de notre coeur, que le soleil n'atteint pas. Alors quand un enfant du pays, y passant même toutes ses vacances, s'en fait le narrateur en nous ouvrant les portes, ça donne autant d'émotion qu'une vieille poésie de Rimbaud. Je sais que j'aime un livre lorsque mon rythme de lecture subit un brusque changement : le rythme intérieur, traditionnel, rapide et zappant, se brise pour laisser place à un ralentissement. J'éprouve alors l'envie de lire à voix haute plusieurs fois un même paragraphe car ce qui est intelligent et beau se partage. La lecture, ici, c'est : avoir à saisir le bonheur qui passe au carrefour de la déchetterie abandonnée, de l'usine d'équarissage, de la rivière-qui-mousse et du chemin de randonnée inventorié à l' office de tourisme sur la place du village, pavé de pneus crevés, de matelas dépecés et des gazinières h s abandonnées.

15:40 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Livres